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Essai : Alpine A110 : 4 ans après, sommes-nous toujours amoureux ?


L’Alpine A110 : Un collector en puissance ?

« L’Alpine A110 est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée à l’industrie automobile Française depuis longtemps ». Résolument dithyrambiques, ces mots sont les miens. Je les tenais à l’occasion de mon essai de celle qu’on surnomme la Berlinette du 21ème siècle, en décembre 2017, à l’occasion des essais presse internationaux.

Et pourtant, ressusciter une marque endormie depuis une vingtaine d’années n’était pas une mince affaire, surtout quand cette marque possède une philosophie et des valeurs très fortes, un créateur de génie, et l’un des plus beaux palmarès du sport automobile Français. Et je ne vous parle même pas du fait d’offrir une descendante à un modèle aussi mythique que LA Berlinette A110 !

Près de quatre années après ses premiers tours de roues, l’excitation du lancement est retombée, et la gamme A110 s’est largement étoffée : version plus affutée A110S, nouvelles finitions, éditions limitées… La marque voit les choses à long terme, avec le développement annoncé d’une gamme à part entière, et un programme sportif très ambitieux (Formule 1, catégorie reine en Endurance). C’est justement le moment que j’ai choisi pour repartir à la découverte de l’Alpine A110, histoire de voir si la magie opère toujours. Spoiler alert, elle a même pu rencontrer son illustre aînée !

Un dosage parfait pour l’extérieur

Dessinée par Antony Villain, la « nouvelle » A110 est un cas d’école de design automobile. Pour faire revivre ce modèle mythique, il aurait été facile de simplement étirer les traits de la Berlinette originelle de 1962, façon grossissement Photoshop. Ce n’est pas l’option qui a été choisie, et c’est tant mieux.

Equilibre parfait entre hommage appuyé et modernité, la ligne de la nouvelle A110 n’a pas pris une ride depuis son lancement : ce n’est pas peu dire dans une industrie où les choses évoluent très vite ! Le traditionnel restylage de mi-carrière me parait complètement superflu ici, et l’Alpine A110 « 2 » reste encore aujourd’hui l’une des plus belles autos de la production automobile actuelle.

En la plaçant cote à cote de son aînée, le lien de filiation est plus qu’évident : il saute aux yeux. Les gimmicks de la Berlinette de Rédélé sont tous au rendez-vous : les petits feux ronds centraux façon obus, le capot nervuré, les portières creusées, ou encore les feux arrières horizontaux surplombées par une lunette arrière bombée.

Evidemment, les proportions ne sont pas tout à fait les mêmes : les normes de sécurité sont passées par là ; la notion de confort aussi. La Berlinette originelle est toute frêle face à sa descendante, et un banal Renault Captur fait figure de géant en comparaison. La nouvelle A110 ne verse pas pour autant dans le gigantisme, et ses dimensions restent très compactes : 4,18 m de long, et un peu moins de 1,25 m de haut.

Un habitacle bien moins spartiate, mais…

S’il y a un point sur lequel la Berlinette de Rédélé n’a jamais brillé, c’est bien son habitacle. Ce dernier nous replonge en effet au bon vieux temps de l’artisanat automobile, supplément « t’inquiètes ça fera l’affaire Jojo ». La finition est aussi approximative que les notions de confort ou d’insonorisation (c’est dire !). Et pourtant, il émane de l’Alpine A110 originelle un délicieux parfum de sportivité, suppléments effluves de polyester, d’huile et d’essence.

Rien de tout cela dans la nouvelle A110. Bien dessiné, l’habitacle est bien pensé, et offre tout le confort qu’on est en droit d’attendre d’une voiture moderne. Si elle n’égale peut-être pas celle d’une Audi TT ou d’un Porsche Cayman, la finition est de bon aloi, avec l’utilisation de matériaux flatteurs (cuir étendu sur la planche de bord, aluminium, alcantara…), et des assemblages au diapason.

Alors oui, certains éléments (et pas forcément les plus beaux) sont repris de la banque d’organes Renault (commodos, satellite d’autoradio, commandes de climatisation…), mais c’était pareil pour la Berlinette originelle, qui ne se privait pas de piocher ça et là sur les étagères de la Régie Nationale. En revanche, impossible de taire le fait que le système d’infodivertissement est complètement dépassé en 2021 (déjà qu’il ne brillait pas vraiment à la sortie du modèle), et que les notions de « rangements intérieurs » et « d’espace de chargement » ne figuraient pas vraiment au cahier des charges. Mais est-ce bien pour ça qu’on achète une Alpine A110 ?

Alpine A110 : Une formidable machine à sensations

Car oui, c’est bien sur la route (tortueuse et dégagée de préférence) qu’on attend une Alpine A110. Tout ou presque a été dit au sujet de la nouvelle Berlinette, et une véritable montagne de critiques élogieuses a été émise à son sujet.

Je préfère donc aborder cet essai « retour » avec un angle différent : celui de la vie au quotidien avec une Alpine A110. Ça tombe bien, elle a partagé le mien pendant 4 jours !

Grâce à ma casquette de blogueur, j’ai eu le plaisir de rouler au fil des années avec un cheptel non négligeables de belles autos : de la supercar V10 à la berline survitaminée, en passant par d’innombrables citadines et compactes sportives. Aussi géniales ces expériences ont pu être, nombre de ces autos se sont montrées trop rapides/déraisonnables/inconfortables pour que je puisse les envisager dans mon quotidien. Vous me voyez venir : il n’en est rien s’agissant de la A110.

En mettant en côté la visibilité arrière problématique (pour ne pas dire catastrophique) et le risque de l’abimer, je pourrais parfaitement envisager mon quotidien en A110. Déjà, parce que l’auto fait preuve d’une douceur et d’une facilité de conduite assez épatantes : la boite à double embrayage Getrag est une crème en utilisation paisible, les suspensions se montrent prévenantes, et le niveau sonore est plutôt bien maitrisé (même sur trajet autoroutier). Le 1.8 TCe reprend dès les bas régimes, et il est peu porté sur la boisson en conduite de tous les jours : je me suis surpris à descendre sous les 7.0 L / 100 km !

Un excellent daily driver en somme, le supplément sourire radieux sur le visage de l’heureux propriétaire. Mais c’est bien une fois qu’on laisse la ville dans le rétro que les choses sérieuses commencent. Honorables au demeurant (environ 1.100 kg, 252 ch / 320 Nm), les chiffres avancées par l’Alpine A110 « 2 » ne sont que peu de choses face à ce qui ne se mesure pas : les sensations. Et à ce petit jeu, ses concurrentes n’ont aucune chance.

La moindre portion sinueuse se transforme en terrain de jeu, avec une agilité absolument redoutable, et un équilibre qui l’est tout autant (on ne le dira jamais assez : l’architecture dédiée de l’A110 avec son moteur en position centrale arrière fait toute la différence). Et ce qui est génial avec cette Berlinette « 2.0 », c’est qu’il pas nécessaire de rouler le couteau entre les dents pour l’apprécier. A défaut de noblesse, le 1.8 TCe livre une bonne copie, avec une belle santé (0 à 100 km/h en 5,1 secs), et des crépitements assez suggestifs à partir du mode sport.

Alors oui, il existe des autos plus efficaces dans la même gamme de prix, mais aucune n’arrivera à autant impliquer et gratifier son conducteur. Un point commun de plus avec sa mythique devancière !

La gamme A110, les tarifs

La gamme Alpine A110 s’est largement étoffée depuis le lancement du modèle. La Première Edition du lancement (et des photos de cet article) a cédé sa place à une gamme complète, de la version Pure (la plus accessible, et la plus… pure) à la luxueuse déclinaison Légende, en passant par la plus pimentée A110S. La gamme est coiffée actuellement par la série limitée Légende GT 2021. Les tarifs s’échelonnent de 58.000 Euros à 71.600 Euros.

Et il ne faut pas oublier le programme « personnalisation atelier Alpine », qui enrichit le nuancier de 22 teintes exclusives, qui s’inspirent des teintes historiques de la Berlinette. Attention, chaque teinte est limitée à 110 exemplaires !

Conclusion : Une ode à l’automobile

Il faut le dire et répéter : on ne mesure pas suffisamment la chance que nous avons d’avoir une nouvelle Alpine A110. Née dans un climat déjà assez autophobe (et ça n’a pas cessé de s’aggraver depuis), la Berlinette du XXIème siècle a du gravir de véritables montagnes pour aboutir au produit final que nous connaissons tous (plutôt ironique pour une marque qui a choisi pour nom Alpine). Certains points sont évidemment critiquables (aspects pratiques, visibilité arrière…), mais la perfection n’a jamais figuré à son cahier des charges. En revanche, elle n’a pas son pareil dans le domaine des sensations de conduite, et sa ligne n’a pas pris une ride, même après plusieurs années de commercialisation.

Les beaux films ont souvent une fin triste : je ne vais pas déroger à la règle. Ainsi, et même si j’espère que l’Alpine A110 sera commercialisée le plus longtemps possible, il ne faut pas se leurrer : elle n’aura pas vraiment de descendante, en tout cas pas sous sa forme actuelle (comprenez : avec un moteur thermique). Alpine ne s’en cache pas, son futur passera forcément par l’électrique. On imagine que les cris d’orfraie des puristes n’ont pas fait le poids face à la tendance lourde que nous constatons tous : l’électrification du marché automobile, et le sacrifice à moyen terme du thermique sur l’autel des émissions de CO2.

Ma conclusion est donc très simple : achetez cette superbe auto tant qu’il est encore temps, et surtout, gardez-là. Vous aurez entre les mains un futur collector !

P.S : La note qui figure en bas de cet article est purement subjective. C’est mon coeur qui parle.

Un grand merci à Jacky d’avoir emmené la sublime Berlinette qui figure sur ces photos, et à Jean-Charles pour son aide et ses conseils avisés.


Alpine A110

On aime

  • La ligne qui n'a pas pris une ride, la filiation évidente avec la Berlinette originelle
  • L'habitacle joliment dessiné, et plutôt bien exécuté
  • La facilité de conduite et le confort global, qui rendent l'auto parfaitement exploitable au quotidien
  • Une machine à sensations sans pareille, qui implique son conducteur comme très peu d'autos le font
  • Un collector en puissance !

On aime moins

  • La visibilité arrière
  • Les aspects pratiques relégués au troisième plan
  • Le système d'infodivertissement complètement largué
  • Certains éléments trop "grande série"