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Essai, Ford Mustang Mach-E GT : Schizophrène Prodige

Après notre premier galop d’essai longue-distance en compagnie du pur-sang des grands espaces américains à la sauce watée, nous avons pu découvrir Mustang Mach-E GT. 

Cette version ultime apporte-t-elle cette dose supplémentaire d’adrénaline qui nous a tant manqué au volant de la plus sage ? Mach-E mérite-t-il l’apposition de ces deux lettres mythiques sur son popotin ? En route !

Rappelez-vous, il y a quelques semaines, nous emmenions la Mustang Mach-E sur les routes de notre Far West français, la Bretagne. Le tableau final était absolument parfait, mis à part notre encéphalogramme qui restait désespérément plat au moment d’envoyer quelques watts quand la route devenait rigolote. Cela tombe bien, quelques mois après l’arrivée en France du SUV Mustang électrique sur nos routes, Ford nous a convié à découvrir la version la plus énervée de la gamme…

En mettre plein la vue

Avec sa teinte Orange Cyber, en tout cas, impossible de ne pas rester de marbre. Pour s’affirmer et afficher son pedigree, Mach-E GT met du piment à sa plastique, à commencer par son nuancier de teintes très réduit mais réservé à cette version : un gris/noir très classe, accompagné d’un bleu électrique et notre jaune/orange pétant. Avec sa garde au sol rabaissée, sa calandre noir, ses sublimes jantes et le badge GT sur la malle arrière, on sait instantanément que l’on a affaire à la bestiole énervée de la gamme.

Une sensation qui se confirme à bord avec l’avènement de l’alcantara sur les contreforts de porte et une partie de la planche de bord. L’ensemble est relativement austère, mais reprend la présentation extrêmement moderne et plutôt cossue de la Mach-E. Les fauteuils sont eux aussi spécifiques à la version GT, avec une forme originale (et sans grand intérêt d’un point de vue du maintien) au niveau des épaules. Des badges GT sur les seuils de porte et sur l’accoudoir central confirment son pedigree, mais j’avoue que j’aurais aimé avoir un poil plus de signes spécifiques : des surpiqures de cuir assorties à la teinte extérieure, ou quelques placages en carbone par exemple.

Avec un extérieur aussi exubérant, l’intérieur en paraitrait presque un peu tristounet. L’ensemble est toutefois sérieux et agréable à vivre. La Mach-E GT dispose toujours de tout ce qu’on avait adoré côtoyer dans Mach-E : une technologie omniprésente et agréable à utiliser, une habitabilité remarquable, une dotation en équipement pléthorique, et une vraie propension à pouvoir voyager en famille.

Votre famille, justement, il faudra qu’elle se fasse à un amortissement ferme mais jamais inconfortable. Les fauteuils sont durs, mais on peut sans sourciller faire de longues distances sans que cela ne devienne fatiguant. Et c’est là que réside l’une des principales armes du GT : sa suspension adaptative. Celle-ci permet, en fonction de mode de conduite choisi, de passer d’un grand voyageur à une véritable bombe à retardement.

Voyager est toujours une formalité…

Équipée de la batterie la plus grosse de la gamme (88 kWh), la même qui équipait le modèle qui nous avait accompagné à travers la Bretagne, la Mustang Mach-E GT affiche toutefois une autonomie inférieure de 70 km (500 selon le cycle WLTP). Celle-si se recharge toujours jusqu’à 150 kW sur des bornes DC, de quoi enchainer les kilomètres sans se poser de questions (plus de 270 km sans problème sur voie rapide).

Avec ses grandes surfaces vitrées, ses options high-tech à foison, quatre places accueillantes et ses deux coffres (507 L), le Mach-E GT est ce voyageur né en qui les quelques segments d’ADN de la philosophie Mustang résident encore. Il sait tailler la route et vous accompagner dans toutes vos escapades, un allié des grands espaces. GT pour Grand Tourisme ? Notamment…

S’amuser est désormais possible !

Mais le GT qui nous intéresse, c’est plus celui qui arrache le bitume et colle la tête au siège… Et à ce petit jeu, Mach-E GT creuse véritablement l’écart dès qu’on enclenche le mode (très) débridé nommé « Untamed ».

Avec 487 ch et 860 Nm de couple, la version ultime du poney watté expédie le 0 à 100 km/h en 3,7 secondes. Sans latence et sans un bruit (sauf à activer ce générateur de bruit qui devient vite enquiquinant), on se retrouve avec la Ford à cinq places la plus puissante jamais produite, et dans des sphères de performance de supercars. Ça colle au siège, ça retourne l’estomac, c’est délirant ! Activer ce mode de conduite revient à ouvrir l’enclos et à voir partir au galop des centaines de pur-sangs débordant d’énergie.

La Mach-E GT se comporte dans la plus grande majorité du temps comme une propulsion, avec 70 % du couple stratosphérique transmis aux roues arrière, et 30 % au train avant. En résulte une voiture au comportement hyper joueur, grâce à un ESP très permissif qui vous laisse tout loisir de partir dans un gros travers. Sentir l’arrière d’un tel bébé se dérober sur chaussée grasse déclenche une bonne dose d’adrénaline en vous, mais cela sait rester sain grâce à une répartition intelligente du jus sur les deux essieux.

La suspension adaptative MagneticRide permet à Mach-E GT de virer complètement à plat, rendant les transfert de charges maîtrisé et de gommer le principal défaut du Mach-E « normal » : ce comportement de paquebot bon à engloutir surtout de la ligne droite. Le GT avale le sinueux avec un certain entrain et un brio que l’on n’imagine pas vraiment de prime à bord. Son typage propulsion demande une certaine humilité au moment de remettre les gaz, mais l’arrière enroule comme il se doit un train avant incisif et pétillant mené par une direction précise et bien calibrée.

Les gommes ont bien entendu été adaptées pour absorber la dose supplémentaire de couple, avec l’arrivée de Pirelli P Zero en 245/45 R20 qui assurent un meilleur grip. Cela n’est toutefois pas autant exempt de défaut. La relative étroitesse des pneus pour garantir une certaine sobriété ne suffit pas à garantir une tenue de route parfaite à la voiture, qui demande un peu de doigté pour ne pas se retrouver piégé sur route humide.

D’énormes freins Brembo font également leur apparition sur cette version GT, et offrent au SUV un mordant bienvenu qui accompagne un freinage régénaratif déjà bien calibré en mode « Untamed » (Sport). C’est aussi la magie de la conduite sportive en mode électrique : lâcher l’accélérateur produit de l’énergie en plus de ralentir la voiture. On ne conduit alors qu’à une pédale, on joue du frein-moteur, puis on complète avec l’excellent freinage Brembo qui n’a montré aucun défaut d’endurance malgré un rythme soutenu (plus de 35 kWh / 100 km).

Mach-E GT : à ne pas pas mettre entre toutes les mains !

Vous l’avez compris, cette version est une vraie bonne surprise, surtout sur le plan dynamique. Il est l’une des voitures les plus schizophréniques du marché au gré de ses modes de conduite, sachant aussi bien être un grand voyageur paisible qu’une sportive performante et exigeante qui demande à être domptée et qui vous procure un certain plaisir.

Un trait de caractère provenant tout droit de son pedigree de pur sang-américain. Mach-E GT est une vraie Mustang, une Mustang qui vous remet à sa place quand vous pensez la maitriser, une Mustang qui vous surprend dans chacune de ses réactions, et Dieu sait à quel point cela est inédit dans le monde des voitures électriques.

À part Porsche Taycan Turbo, aucune autre voiture gavée d’électrons ne m’aura autant récompensé à son volant et impliqué autant à la conduire. Elle vous transporte dans une sphère de performance quasi-délirante et difficilement exploitable sur route ouverte. Activer son mode de conduite le plus agressif en revient à faire muter la bête, demandant alors une certaine humilité et un certain doigté.

Affiché à 77 490 €, il se retrouve face au Tesla Model Y Performance dans la valse des SUV ultra performants en provenance du Pays de l’Oncle Sam, mais incarne bien plus le plaisir automobile que l’ordinateur roulant californien. Il est aussi l’ambassadeur d’une philosophie complètement nouvelle pour Ford Performance et le renouveau du logo Mustang. Une mutation technologique et futuriste de l’icône américaine, qui s’impose plus que jamais comme un symbole de performance et de plaisir de conduite.

Galerie Photos : Ford Mustang Mach-E GT

Photos : Victor Desmet

Ford Mustang Mach-E GT

8.5

8.5/10

On aime

  • Look musclé
  • Performances démoniaques
  • Comportement joueur
  • Polyvalence remarquable
  • Bonne autonomie

On aime moins

  • Habitacle manquant de specs GT
  • Motricité limitée sur le mouillé