Essais

Essai, Porsche Taycan Cross Turismo : le couteau-suisse

Au commencement, il y avait Allroad. Les breaks baroudeurs ont ce petit truc que les SUV n’auront jamais : une ligne élégante et chic, mêlée à un côté aventurier-baroudeur qui donne un cachet fou à ces modèles qui se comptent sur les doigts d’une main. Porsche remet au goût du jour le concept avec Taycan Cross Turismo, et la promesse de proposer le premier break surélevé électrique du marché, aussi à l’aise sur les lacets que dans les chemins. Pari tenu ?

Lancé il y a un peu plus d’un an, Taycan est le premier membre de la nouvelle famille électrique de Porsche. Symbole d’une nouvelle ère, il a inscrit Porsche dans une nouvelle dimension technologique et énergétique, et nous a emballé. Taycan Cross Turismo vient compléter la gamme, et un peu comme Sport Turismo ajoutait le côté break à la Panorama, Cross Turismo permet au modèle électrique de sortir du bitume et de s’ouvrir aux familles.

Quelle gueule ce Taycan… Si la berline respire la sportivité et la modernité avec sa chute de rein incroyable et ses lignes tendues, notre nouvelle déclinaison ajoute à ce concept-car roulant une dose d’exclusivité en plus. Annoncé il y a deux ans par le concept du même nom, le voici sur nos routes en version quasi-identique. Cross Turismo, c’est avant tout une partie « Cross ».

Dans l’anti-chambre des SUV, cette famille très restreinte des breaks baroudeurs compte un nouveau membre de choix… Pour se distinguer de Taycan, la garde au sol augmente de 30 mm (avec notre pack optionnel design Offroad, 20 mm sans), des jupes et inserts spécifiques ainsi que des passage de roues noirs font leur apparition, deux nouveaux modèles de jantes sont inaugurés et l’on peut même lui greffer des barres de toit. Le cocktail est cohérent, justement dosé, sans trop d’artifices inutiles et le résultat chic à souhait. Je suis fan.

Cross Turismo a une prestance incroyable sur la route, et fait tourner les têtes sur son passage. Le nuancier de couleurs permet de choisir parmi une multitude de teintes originales, dont notre rouge-bordeaux aussi chic qu’adapté à la philosophie du modèle, mais aussi des bleus, un vert ou le traditionnel Craie qui lui va à ravir. Et si cela ne suffisait pas, le département Exclusive Manufaktur permet de personnaliser à sa guide son modèle, et il est alors possible de se concocter la configuration de son choix…

Comme sur Panamera, Turismo chez Porsche signifie break. Taycan perd alors sa proue plongeante et inaugure un arrière plus traditionnel pour le genre mais non moins réussi, surplombé par un becquet noir et habillé du bandeau de LED cher à la marque. Le profil du modèle est absolument parfait, les porte-à-faux réduits et les jantes de 21 pouces dynamisent l’ensemble, alors que les appendices de baroudeur le musclent juste comme il faut.

À bord, les changements sont moins marqués. L’univers technologique à souhait de Taycan est toujours en place, marqué par des écrans absolument partout et par un cocon tiré à quatre épingles. Notons toutefois que les matériaux sont plus flatteurs et plus agréables dans notre version Turbo que la version Propulsion que nous avions eue.

Les interfaces sont fluides et l’ergonomie générale est excellente, même si assez déroutante de prime à bord. Taycan est bien dans l’ère du temps, en reprenant bon nombre d’éléments d’autres modèles de la gamme (à l’image du volant), tout en inaugurant des technologies nouvelles comme cet écran de commande en-bas de la console centrale.

Allez, seule différence vraiment visible : la boussole qui prend la place du traditionnel chronographe dans notre version équipée du pack « Offroad ».

Là où la ligne « break » du Turismo fait progresser Taycan, c’est au sujet de l’habitabilité. Quatre adultes prennent toujours place très confortablement, la place centrale étant anecdotique, mais la garde au toit progresse de 4,5 cm pour les occupants arrière.

Idem pour le coffre, qui voit sa capacité portée à 446 L (soit 39 L de plus que la berline), et jusque’à 1212 L une fois la banquette rabattue. L’espace de chargement a été adapté pour les usages plus « loisirs » de Cross Tourismo, et l’on peut ainsi y fixer des sangles ou le compartimenter. Impossible de fixer un attelage à la structure de Taycan (et donc de tirer un van avec des chevaux ou la remorque du dimanche), mais un porte-vélos dédié est proposé.

Positionnement baroudeur oblige, cette déclinaison n’est proposée qu’en 4 roues motrices avec suspension pneumatique et avec la plus grosse batterie (93,4 kWh) et dans les versions suivantes :

  • 4 : 380 ch / 476 ch overboost / 456 km d’autonomie
  • 4S : 490 ch / 571 ch overboost / 452 km d’autonomie
  • Turbo : 625 ch / 680 ch en overboost / 452 km d’autonomie
  • Turbo S : 625 ch / 761 en overboost / 419 km d’autonomie

Mécaniquement, rien ne diffère donc de la berline, mise à part l’absence de version propulsion. Porsche tient à la polyvalence de Cross Turismo, et il est ainsi logique de n’avoir que des transmissions intégrales sur cette version.

C’est avec la version Turbo que nous nous sommes amusés sur les routes entre Le Touquet et la Baie de Somme. Un poil frustré par les performances presque « normales » de la « petite Taycan », la Turbo m’a littéralement mis une claque. Le Launch Control (0-100) est abattu sans aucune latence en 3,3 secondes, avec un grip phénoménal. Déjà très à l’aise et dynamique en mode Normal, les modes Sport et Sport Plus abaissent encore l’auto et font oublier que l’on est au volant d’une version « baroudeuse ».

La direction, très communicative est tout simplement parfaite, la prise de roulis inexistante, et chaque relance est une catapulte. On sent logiquement la masse de la voiture nous emporter dans du très sinueux, mais elle est une Porsche comme on aime les retrouver dans les enchainements plus rapides, où on la place comme on la désire et on sait ce qu’il se passe sous nos roues. Ces performances affriolantes qui manquaient à la Propulsion pour véritablement nous divertir sont ici au cœur du plaisir de mener Taycan Cross Turismo sur route. Il s’affiche comme une vraie sportive, capable de tenir tête à quelques thermiques très bien dotées, tout en offrant cette polyvalence que l’on attend d’un tel modèle.

Douce et paisible en ville, elle est aussi et surtout une voyageuse de choix pour emmener toute la famille. Acceptant des charges allant jusqu’à 270 kW sur le réseau Ionity, son côté « Turismo » permettrait sans broncher de traverser l’Europe à son bord sans nous le faire sentir.

Les passages profitent de grandes surfaces vitrées traitées contre le soleil, d’une chaine HiFi Burmeister aux petits oignons, et de fonctions de confort rarement vues avec par exemple un écran de contrôle complet pour le passager. Le conducteur, lui, peut compter sur la conduite (très) assistée InnoDrive, qui anticipe intelligemment les changements de limitations de vitesse, l’arrivée sur des carrefours ou rond-points, maintient la voiture dans sa voie et s’occupe d’à peu près tout pour que les portions de routes ennuyantes et autoroutes soient des formalités où notre rôle n’est plus que de montrer signe de vie à bord.

Et le côté « Cross » dans tout ça ?

Dotée de quatre roues motrices et d’une garde au sol rehaussée de 30 mm par rapport à la berline, voire même 50 mm en activant la fonction Lift (jusqu’à 30 km/h) avec la suspension pilotée (soit 179 mm en tout), Cross Turismo peut s’aventurer dans des ornières et sur des chemins sableux sans trop se poser de questions.

Nous avons ainsi pu découvrir les joies de la balade 0 émission et 0 décibel dans le parc du Marquenterre. Une fois le bitume derrière nous, un nouveau mode de conduite « Gravel » entre en jeu. Il rehausse Taycan et active une pléiade d’assistances aux noms barbares aidant le conducteur à s’aventurer sur des terrains plus ou moins hostiles sans trop craindre pour sa voiture : contrôle poussé de motricité, transfert du couple sur la roue qu’il faut, assistance en descente, suspension intelligente…

À l’aide de caméras partout, Taycan Cross Turismo vous prend par la main et vous guide pour se balader en plein air. N’espérez pas faire des croisements de ponts et franchir des murs avec, mais il est surprenant d’efficacité en situation de motricité difficile, bien que dénué de pneus spécialement adaptés (Pirelli P Zéro de série) pour aller dans du sable ou de la boue.

Il verra principalement la neige des belles stations et le sable des plus prestigieux centres équestres, mais il a le mérite de proposer de vrais aptitudes à se balader dans la nature sans se faire remarquer. Une sensation totalement inédite de silence et de plénitude où sa voiture n’est plus qu’un outil qui se fait oublier pour profiter de l’instant.

Seul au monde !

N’ayant aucune concurrence face à lui, Taycan Cross Turismo inaugure ce nouveau segment des breaks baroudeurs électriques (de luxe). Il partage logiquement la même plate-forme que l’Audi E-Tron GT et Taycan, mais sa proposition est inédite à ce jour dans le paysage automobile.

Affiché à partir de 96 454 €, notre version Turbo joliment équipée frise les 180 000 €. Des tarifs prohibitifs qui catapultent Taycan dans des sphères élitistes où il est par exemple possible de s’offrir une Tesla Model 3 et un Porsche 718 Spyder dans le garage, pour avoir le meilleur des deux mondes et encore un pied dans ce plaisir automobile mécanique et thermique qui va nous manquer.

Taycan Cross Turismo est la vitrine technologique du constructeur. Il continue la lignée initiée par sa sœur « de route » lancée l’année dernière, et qui rencontre d’ailleurs un joli succès à en croire les chiffres de ventes. Cette version break baroudeur ajoute sa touche d’exotisme, des aspects pratiques non-négligeables et une belle aptitude à trainer ses roues dans la boue ; le tout sans oublier à exceller sur le bitume et à être une voyageuse hors-pair. Cette voiture est le couteau-suisse parfait : aussi parfaite au quotidien que pour partir à l’aventure.

Photos : Victor Desmet

Porsche Taycan Cross Turismo

8.5

8.5/10

On aime

  • Look moderne et original
  • Habitacle lumineux et accueillant
  • Technologie embarquée
  • Comportement routier
  • Polyvalence

On aime moins

  • Tarifs salés
  • Autonomie dans la moyenne