Blue Blood

Même si Volvo cultive depuis toujours son image de sécurité et d’incarnation de « l’esprit zen » scandinave, il arrive parfois que le constructeur Suédois se lâche totalement, et lance un modèle sportif qui met un bon coup de pied dans la fourmilière. C’était le cas en 1995, lorsque la marque lança la méchante 850 T-5R (berline et break), qui s’inspirait de la 850 break qui participait alors au BTCC (British Touring Car Championship). Malgré un dessin « à l’équerre », cette Volvo savait faire parler la poudre, avec son 5 cylindres turbo de 240 ch, qui lui permettait de passer de 0 à 100 km/h en 7 secondes!

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Aujourd’hui, le constructeur Suédois profite de son excellente santé (commercialisation des très réussies S90/V90 et XC90, présentation à Genève du nouveau XC60) pour réinvestir le segment des berlines sportives, en s’associant avec son préparateur maison : Polestar.

Polestar : L’étoile sportive de Volvo

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Fondée en 1996 en Suède, la société Polestar s’est fait connaître en faisant courir des Volvo en compétition, et notamment en STCC, le championnat national de super-tourisme. Le nom Polestar n’a pas été choisi au hasard : il fait référence à l’Etoile Polaire, et rend également hommage au palmarès de la marque en compétition (Polestar étant la contraction de pole-position, et de star). Il faudra attendre l’année 2010, et la présentation de sa première voiture de route, la -malheureusement unique- C30 Polestar Concept, pour que le préparateur acquiert ses lettres de noblesse auprès du grand public.

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Après avoir présenté en 2013 sa première auto de série, la branche performance de Polestar a été rachetée par Volvo Cars en 2015, qui en a fait sa division sportive, à l’instar de M pour BMW, ou d’AMG pour Mercedes. Déjà commercialisées dans plusieurs marchés européens, les S60 et V60 Polestar ont été officiellement lancées sur le marché Français début 2017. Friand des autos de la marque, et grand amateur de sportives, c’est avec beaucoup d’excitation que j’ai pu me glisser derrière le volant de la S60 Polestar, pour un long week-end d’essai. Récit de ma rencontre avec cette Suédoise au tempérament de feu!

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Une ligne plus suggestive

Equilibrée et agréable à l’oeil, mais un peu trop sage à mon goût (versions R-Design mises à part), la ligne de la S60 devient plus suggestive lorsqu’elle passe entre les mains de Polestar.

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Ainsi, la proue dispose d’un spoiler avant avec prise d’air spécifique. De profil, on note les jantes  spécifiques de 20 pouces, qui abritent un système de freinage Polestar/Brembo, composé d’étriers à 6 pistons, et de larges disques ventilés et flottants.

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A l’arrière, plusieurs signes distinctifs permettent de repérer cette déclinaison au tempérament de feu : diffuseur d’air, double sortie d’échappement (siglée Polestar), et spoiler façon ducktail.

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Enfin, impossible de ne pas évoquer le superbe « Bleu Rebelle » de ma S60. Cette teinte, signe distinctif des Volvo Polestar (à l’instar du Jaune Sirius chez Renault Sport), aura aimanté bien des regards pendant toute la durée de l’essai. Facturée 350 Euros, elle tranche très agréablement avec la grisaille ambiante, et « assoie » définitivement le statut sportif de l’auto! Toutefois, pour ceux qui recherchent davantage de discrétion (pardonnez-leur…), 3 coloris plus classiques (gris, blanc ou noir) sont également disponibles.

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A l’intérieur, on remarque la console centrale qui se pare de fibre de carbone (oui oui!), et la présence de plusieurs éléments spécifiques : le pédalier sport, le pommeau de levier de vitesse et les seuils de porte siglés Polestar. 

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Les sièges sport conjuguent à merveille confort et maintien, et disposent d’un joli garnissage façon Nubuck, qui recouvre également le volant, l’accoudoir central et les contre-portes. Des surpiqûres bleues complètent le tout. Si la qualité de fabrication est de bon aloi, l’ergonomie du système d’info-divertissement accuse clairement le poids des années. Dépourvu d’écran tactile, ce dernier implique en effet une navigation par molette, lente et assez laborieuse. Plus globalement, la console centrale constellée de boutons pénalise l’ergonomie. Incontestablement, c’est à ce chapitre que l’auto a le plus vieilli.

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La S60 Polestar sur la route

Autant être franc avec vous. En m’installant au volant de la S60 Polestar, je ne savais pas forcément à quoi m’attendre : une énième berline performante, ou une vraie sportive?

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Quelques minutes ont été suffisantes pour obtenir ma réponse. Avec sa suspension considérablement raffermie par rapport à la version classique (les ressorts sont plus rigides de 80 % par rapport à la version T6 R-Design, et l’auto dispose même d’une barre anti-rapprochement avant en fibre de carbone!), la S60 Polestar offre un tempérament délibérément sportif.

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Bien que dépourvue d’un amortissement piloté (Polestar a préféré opter pour des amortisseurs Öhlins réglables), elle offre pourtant un compromis confort/sportivité tout à fait décent : si les passagers seront un peu secoués à basse vitesse, l’auto digèrera bien les irrégularités de la chaussée à allure plus élevée, tout en contenant parfaitement son roulis. C’est l’une des forces de l’auto : rester parfaitement « exploitable » au quotidien, tout en étant capable d’en remontrer à bien des autos sportives en conduite plus musclée.

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Malgré son poids conséquent (1.751 kg), la S60 Polestar fait preuve d’une belle agilité, avec un train avant plutôt réactif à l’inscription, et un arrière qui enroule sans broncher. Pas volage pour un sou, l’auto se montre en revanche très efficace en conduite soutenue : grâce à la transmission intégrale, la motricité ne mérite que des éloges, et le grip conséquent (merci les Michelin Pilot Super Sport!) permet de repousser très loin ses limites d’adhérence. En revanche, sa direction gagnerait à être plus communicative, et la pédale de frein manque cruellement de mordant à l’attaque (la puissance de freinage est fort heureusement au rendez-vous).

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La S60 Polestar loge sous son capot un « modeste » 2,0L 4 cylindres. Banal d’apparence, ce bloc cache pourtant bien son jeu : avec sa double suralimentation (turbo + compresseur), il développe pas moins de 367 ch, pour un couple de 470 Nm! Sa puissance spécifique est l’une des toutes meilleures sur le marché : avec 183.5 ch/L, il est battu de peu par la Mercedes A45 AMG (190,5 ch/L).

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Les performances sont explicites : le 0 à 100 km/h est abattu en 4.7 secondes, et la vitesse de pointe atteint 250 km/h. En plus d’aligner d’excellents chiffres, ce moteur étonne par sa disponibilité. Grimpant jusqu’à plus de 6.000 tr/min, il offre une réponse à l’accélérateur presque instantanée, et se montre par ailleurs souple à l’usage. De discrète en temps normal, la sonorité devient carrément rageuse en mode sport (ce dernier commande notamment l’ouverture d’un clapet à l’échappement), et chaque passage de rapport est alors entrecoupé par une suggestive (et assez jouissive je dois l’avouer…) détonation.

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Très traditionnelle dans l’esprit (elle a en effet recours à un convertisseur de couple), la boîte automatique à 8 rapports de l’auto a été retravaillée par Polestar. Equipée de palettes au volant, elle se montre douce et fluide en mode automatique, et devient plus réactive en mode sport, en maintenant le moteur plus haut dans les tours, afin qu’il rester dans sa plage de couple optimal. Un petit temps de latence entre le moment où on actionne la palette et le moment où le rapport est effectivement enclenché se fait tout de même ressentir en conduite sportive.

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Le tarif de la S60 Polestar

La S60 Polestar est vendue 65.200 Euros (hors malus écologique de 6.810 Euros -179g de CO2-). Quasiment tous les équipements sont de série. En comparaison, une Audi S4 (motorisée par un V6 turbo de 354 ch) est affichée à 71.210 Euros (hors malus éco, et avec une dotation de série moindre).

Points positifs :

+ Parfaitement exploitable au quotidien

+ Tenue de route efficace et sécurisante

+ Moteur performant et volontaire

+ Sonorité en mode sport

+ Sièges excellents (maintien, confort)

Points négatifs :

– Système d’infodivertissement dépassé

– Freinage manquant de mordant

– Direction pas assez communicative

– Boîte manquant de réactivité en conduite sportive

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Conclusion : Une copie très prometteuse!

Vous l’aurez sans doute compris : j’ai vraiment été séduit par cette S60 Polestar. A vrai dire, je n’attendais pas le constructeur Suédois à un tel niveau sur le segment des berlines sportives, d’autant plus qu’il l’avait délaissé depuis de nombreuses années. Délibérement sportive mais pas pour autant radicale, l’auto offre un excellent compromis entre confort et sportivité (la sécheresse de ses suspensions étant largement compensée par ses autres dispositions). Pour un coup d’essai, Polestar signe une copie très prometteuse!


 

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