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Essai : Suzuki Jimny : Le dernier des Mohicans


Le Suzuki Jimny, un mythe Japonais

C’est une loi de la nature : on se ramollit avec l’âge. Les véhicules baroudeurs/tous-terrains ne dérogent pas à la règle. Encore appelés « 4×4 » il y a encore 15-20 ans, ils se sont progressivement mués en SUV, gardant leurs attributs stylistiques, mais laissant sur le bas-côté a peu-près tout le reste. Né en 1970 en tant que fils Japonais de la légendaire Jeep Willys, le Suzuki Jimmy fait aujourd’hui figure de dernier des Mohicans sur le marché. Il reste en effet l’un des derniers vrais baroudeurs du marché reposant sur une architecture dédiée : châssis en échelle séparé, boite de transfert à gamme courte…

Le premier Suzuki Jimny
Le Suzuki Jimny de quatrième génération

Suzuki Jimmy : une quatrième génération très attendue

Lancée fin 2018, la quatrième génération de Suzuki Jimmy était attendue de pied ferme par les amateurs. Et pour cause : le Jimny 3 avait 20 ans ! Gueule d’enfer, qualités de franchissement intactes, tarifs encore raisonnables : ce nouvel opus s’est rapidement constitué une solide cote d’amour. Logiquement, le nouveau Jimmy est devenu un succès commercial, avec une longue liste d’attente pour les clients.

Malheureusement, le bonheur a été de courte durée : Suzuki France annonçait début 2020 la suspension de sa commercialisation. Même s’il ne s’agit pas de l’unique raison, il semble que le malus écologique a joué un rôle déterminant dans cette -lourde- décision. Emettant 178 g de CO2 (selon le nouveau cycle WLTP), le Jimmy aurait été affublé d’un malus de 5.105 Euros selon le barème 2021… Difficile à assumer, surtout pour un véhicule affiché 20.000 Euros en version haut de gamme !

Un Suzuki Jimny plus charismatique que jamais

Charismatique. C’est le terme qui colle le mieux à ce Suzuki Jimmy. Avec sa caisse au profil cubique et ses éléments de carrosserie plats, son profil est d’une simplicité enfantine (j’aurais presque pu en dessiner son croquis en étant gamin !).

Simple dans sa forme, ce nouveau Jimny respecte son riche héritage. Il reprend donc les attributs stylistiques de l’espèce : feux ronds à l’avant, feux arrières monoblocs, ou encore calandre à barrettes verticales. Le résultat est indéniablement réussi : j’ai rarement eu autant de questions et de regards attendris lors d’un essai !

A l’opposé des opulents (qui a dit décadants ? ) gros SUV, le Jimny offre un gabarit de poche, digne des fameuses Kei-cars Japonaises : il ne mesure que 3,64 m de long ! Et encore, en comptant sa roue de secours, sa longueur diminuant à 3,48 m sans elle. Soit la même taille qu’une… Peugeot 108 !

Un habitacle simple mais bien équipé

Sans fioritures à l’extérieur, le Jimny l’est aussi à l’intérieur. Lignes horizontales, blocs cubiques (notamment pour l’instrumentation) : là encore, les designers Suzuki ont recherché la simplicité.

Les fans de plastiques moussés resteront évidemment sur leur faim : les matériaux utilisés sont désespérément durs. A la place, Suzuki a adopté un revêtement grainé résistant aux rayures (sauf pour les parties inférieures, qui marquent vite), et des commandes qui peuvent être utilisées avec des gants. Rien à redire s’agissant des assemblages : tout est (très) solidement arrimé. On sent que le Jimny a été pensé comme un outil destiné à servir de très longues années

Moderne par son équipement, ce Jimny a quand même quelques éléments très typés « 90’s », à l’image de la clé ou du soufflet de levier de vitesse !

Rustique dans son apparence, ce Suzuki Jimny n’en reste pas moins bien dans son temps. Cette version haut de gamme Pack fait donc le plein de technologies : écran tactile de 7 pouces réactif et intuitif (les compatibilités Apple CarPlay et Android Auto sont même de la partie), climatisation automatique, phares LED, nombreuses aides à la conduite (lecture des panneaux, radar anti-collision…), et mêmes sièges chauffants ! A quelques détails près, la dotation du Jimny est calquée sur celle de l’espiègle petite Swift.

Malgré leur look qui évoque plus un strapontin RATP qu’un siège club, les places arrières se montrent relativement confortables à l’usage : un adulte de taille moyenne pourra y voyager sans trop de difficulté. En revanche, n’espérez pas glisser autre chose que votre veste dans le coffre quand les sièges arrières sont en place. Une fois rabattus, l’espace devient convenable, mais gare à vos sacs de course : le plastique qui protège les sièges est très glissant.

Une conduite aux antipodes, mais bourré de charme

On ne va pas se mentir : on n’achète pas un Suzuki Jimny pour « l’attaque » sur route sinueuse. Pour cet essai, j’ai donc du me départir de mes habitudes d’essayeur de voitures sportives. J’ai alors découvert une des conduites les plus authentiques qui soient.

Je vous parlais en introduction de l’aseptisation des 4×4, qui se sont pour la plupart mués en SUV. Rien de tout cela avec ce Suzuki Jimny. Resté « droit dans ses bottes », ce dernier dispose en effet d’une architecture en voie de disparition, avec châssis en échelle, et suspensions à essieu rigide et ressorts hélicoïdaux. Résolument old-school dans sa construction, le Jimny l’est tout autant dans sa conduite. Sa direction à la précision plus qu’approximative (je n’ai jamais expérimenté un point milieu aussi flou !) demande ainsi un certain temps d’accoutumance. En revanche, la suspension digère bien les irrégularités qui pullulent dans nos centre-villes.

Débordant de vie, le Jimny est vraiment à son aise en milieu urbain. Il braque bien, et son petit 1.5 VVT de 102 ch est étonnamment vif sur les trois premiers rapports. Très compact, il se gare dans un mouchoir de poche, surtout qu’on arrive à percevoir le bout du capot. En revanche, les choses se gâtent à l’arrière : pas de radar ou de caméra de recul, et une petite lunette arrière encombrée par la roue de secours.

A défaut d’être précis, le Jimny reste sain sur route. Les prises de roulis sont marquées, les suspensions sautillent, les sièges n’offrent presque aucun maintien latéral, mais je ne me suis jamais senti en danger à son volant. Plutôt vif sur les trois premiers rapports, le Jimny devient plus poussif ensuite : le moindre relief se ressent, et il faut bien souvent rétrograder pour ne pas perdre de vitesse.

A 130 km/h en revanche, ne vous attendez pas à des miracles : il braille à 4.000 tr/min (la boite mécanique ne compte que 5 rapports), et la tenue de cap est hasardeuse. Surtout, son profil de parpaing et sa hauteur de caisse le rendent sensible au vent latéral. Mais là n’est pas sa vocation.

Un redoutable outil hors des sentiers battus

C’est évidemment en off-road que le Jimny prend toute sa dimension. Véritablement conçu pour une utilisation en dehors des chemins goudronnés, il démontre alors d’immenses qualités. Le 4×4 Suzuki avale goulument toutes les difficultés qu’on lui présente. Surtout avec sa hauteur de caisse importante, ses débattements de suspensions, et ses portes-à-faux très courts.

Les défauts que j’évoquais quelques lignes plus haut deviennent autant de qualités en off-road. Ainsi, la direction approximative sur route fait sens en dehors des sentiers battus, puisqu’elle limite les corrections au volant. C’est la même chose pour la hauteur de caisse, et les mouvements intempestifs en virage : le Jimny est avant tout pensé pour passer partout.

En témoigne ses angles d’attaque, de franchissement et de fuite (respectivement de 37, 28 et 49 degrés). Avec de telles prédispositions, il faut vraiment en vouloir pour se mettre en fâcheuse posture !

Rajoutez à tout cela une motricité sans faille (malgré les simples pneus mixtes de notre modèle d’essai) grâce au système ALLGRIP PRO à quatre roues motrices : les terrains boueux sont un jeu d’enfant pour le Jimny. Dernière botte secrète du 4×4 Suzuki : sa boite de transfert à gamme courte. Enclenchez la gamme courte, et vous disposerez alors d’un véhicule capable de grimper aux arbres ! J’ai pu le tester (et l’approuver) sur les chemins des vignes du Sancerrois, qui présentent souvent un relief important.

Disponibilité et tarifs du Suzuki Jimny

Comme je l’évoquais plus haut, la commercialisation du Jimny « VP » (pour véhicule particulier) a été suspendue en 2020 par Suzuki France. A titre indicatif, « mon » Jimny Pack tout équipé d’essai était facturé 19.995 Euros (avant malus écologique), plus les 750 Euros pour la peinture jaune. A défaut de neuf, la seule alternative possible est donc le marché de l’occasion. Mais attention aux tarifs : les vendeurs n’hésitent pas à afficher leur Jimny d’occasion à un prix supérieur au neuf !

Si aucune date n’a été communiquée pour un éventuel retour en France du Jimny VP, Suzuki France a annoncé cette semaine le tarif de sa déclinaison utilitaire. Disponible dès le mois d’avril, le Jimny utilitaire est calqué sur la version « civile », à ceci près qu’elle ne dispose que de 2 places. Les sièges arrières sont remplacés par une cellule de chargement de 863 litres, avec grille de séparation. Basé sur la finition Privilège, le Jimny VU est facturé 20.490 Euros TTC.

Conclusion : Un vrai coup de coeur

Ne vous fiez pas à la note en bas de page : le Suzuki Jimny ne répond pas à une logique mathématique. Son domaine à lui est bien plus subjectif : c’est celui des sensations et des émotions qu’il procure.

Car oui, après plus d’une semaine d’essai, j’avoue avoir ressenti un vrai pincement au coeur en rendant « mon » Suzuki Jimny. Malgré d’évidents défauts, ce dernier offre en effet une expérience rafraichissante et rare : celle d’une conduite sans édulcorant(s). Mouvements de caisse, moteur assez vif en ville (mais bruyant), direction à la précision plus que relative (…) : on a vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose à son volant. Rajoutez à cela un look d’enfer et des dispositions exceptionnelles en dehors des sentiers battus, et vous obtenez là le véhicule de loisir par excellence. Pour ma part, je vois bien un Suzuki Jimny figurer dans mon garage idéal…