Kia, constructeur généraliste par excellence, étoffe aujourd’hui sa gamme de véhicule avec Stinger. Le coupé quatre portes Grand Tourisme du constructeur Coréen possède, sur le papier, tous les arguments pour venir chasser les prémiums Allemands. Kia Stinger tient-il ses promesses, ou se contente t-il d’une simple image à l’envers superficiel ?

Pourquoi Stinger dans la gamme Kia ?

Stinger fut officiellement présenté au début de l’année. J’avouais alors curiosité, excitation mais également un peu de retenue suite à la découverte de ce nouveau véhicule, avançant de (trop ?) nombreuses promesses. En effet, si les Rio, Soul ou autre Picanto (que l’on a essayé ici ! ) proposent des belles prestations, l’exigence demandée pour un véhicule de luxe en est tout autre, sportive qui plus est. Quelques mois d’attente se sont écoulés. Désormais, il est temps de prendre le volant d’une des rare GT quatre portes du marché. Un événement personnel, et évidement autrement plus important pour Kia, bien décidé à asseoir sa constante progression d’immatriculation via la naissance d’un modèle “vitrine”. Le constructeur Coréen pourra ainsi mettre en avant son savoir-faire à travers un véhicule luxueux, à vocation sportive. L’émotion fera le reste, tant à son bord que lors de ses apparitions sur la route. Telle est l’humble stratégie de Kia, ayant l’objectif premier de travailler son image à la hausse sans pour autant chercher à faire flamber les chiffres de vente de son nouveau projet. Nous autres passionnés d’automobile ne pourrons que saluer cette belle initiative : partager la passion, les rêves, bref, les belles émotions que peuvent nous procurer un modèle sportif, atypique, original, ou rare. Mais Stinger en a t-il réellement la stature ?

Premier contact musclé avec Stinger

Surprise, c’est sur le circuit de Majorque que nous sommes chaleureusement accueillis. C’est donc l’occasion de tester ses compétences sportives d’entrée de jeux ! J’ai donc pris le volant de la Kia Stinger équipé d’un bloc V6 3.3L tout droit sorti d’une usine Hyundai aux États-Unis. Il délivre 370ch et 510 N.m aux quatre roues.

Comme lors d’un entretien où l’on admet que les premières secondes sont décisives, Stinger dégage les signaux positifs qu’elle prétend dès l’installation à son bord. Il s’agit bel et bien d’une GT. Par son luxe d’une part, avec ses sièges accueillants, ses matériaux agréables, ses boutons un peu partout. Par sa sportivité d’autre part, puisque l’assise très basse annonce la couleur, parfait pour regarder la route loin au raz du volant, et ressentir les mouvements de caisse au plus près de la route ! Le décor est planté.

Moteur

Le circuit est assez tortueux mais plutôt ludique pour prendre facilement en mains la bête sans se faire peur. Après un tour d’installation, les premières accélérations franches s’avèrent vives et continues. La courbe de couple semble très lisse, la Stinger donne déjà le sourire ! Si la boite automatique à 8 rapports fait le job, j’ai eu la fâcheuse expérience de rester bloqué au rupteur en mode automatique à plusieurs reprises sur le circuit. Espérons que ce bug soit corrigé. Si le son du V6 s’avère délicieux à l’intérieur, il semble finalement qu’il s’agisse de celui du système audio. Dommage, même si la supercherie s’avère superbement réalisée : si l’on ne le sait pas, difficile de reconnaître le vrai du faux. De l’extérieur, on confirmera que le bruit reste très étouffé, même proche des deux doubles sorties d’échappements.

Châssis

Les virages s’enchainent avec aisance, les changements de direction brusqués se franchissent sans instabilité périlleuse. Initialement prévu dans un souci d’habitabilité, l’empattement long de 2,9 mètres permet de rester stable dans l’exercice des transferts de masse. Car oui, ils s’agit d’une berline, et les aides à la conduite sont également là pour veiller à l’excès d’optimisme. Même en mode “Sport +”, et certains en seront probablement frustrés, l’électronique garde le cap. Il reste malgré tout relativement permissif, autorisant quelques petites glisses. Les quatre roues motrices permettent des sorties de virages propres, même si le différentiel s’avère trop libre pour une utilisation circuit. C’est là où Kia a su miser juste dans son approche sportive : Stinger propose puissance et plaisir de conduite, tout autant que le confort et le luxe d’une routière. Mes commentaires sur circuit resteront donc modérés par ses qualités sur route ouverte. Équipé de freins Brembo, avec quatre pistons aux étriers avants, le freinage s’avère efficace, d’un bon mordant même en condition « circuit ». Évidement le comportement général souffre d’un embonpoint d’1,9 tonnes, soit une belle offrande à l’énergie cinétique, et un fardeau pour le châssis maitrisant pourtant bien l’exercice. L’équilibre permet de glisser des quatre roues en secouant largement l’engin et en jouant des transferts de masse. Doté d’une transmission intégrale permanente, la répartition du couple est axée principalement aux roues arrières, l’avant rattrapant plutôt habillement les pertes d’adhérence : un cocktail bien agréable !

Le retour aux stands s’effectue donc avec le sourire aux lèvres à peine dissimulé. J’ai pu m’amuser avec un véhicule de près de 2 tonnes presque comme avec une petite sportive ! Le tout, sans risquer de grosse erreur, l’électronique veillant au grain. Parfait donc pour les gentlemen driver que nous sommes pour la plupart. Le premier contact avec cette Kia s’avère donc réussi. Stinger a levé le voile de son côté Mister Hyde, la découverte est franchement positive. Reste à concrétiser sur la route avec son côté Docteur Jekyll et ses qualités routières.

Kia Stinger : Premium or not premium ?

Direction la route, cette fois, pour se faire une réelle idée du GT Coréen. Je ne cacherai pas plus longtemps mon plaisir d’annoncer que cette Kia mérite une réelle attention, tant elle peut se targuer de venir titiller l’offre de ses concurrents germaniques. La sportivité a été bridée là où ses prestations d’excellente routière aurait pu être ternies. Certes, l’exigence selon certain tendra son penchant vers l’un ou l’autre. Je trouve personnellement l’équilibre approprié à ce que l’on attend d’un véhicule « Grand Tourisme ».

Taillée pour l’autoroute (Allemande) et les grandes routes aux larges courbes, elle (et son conducteur) reste un peu moins à l’aise en milieu urbain et sur les routes étroites : 4,83 m de long et 1,87 m de large (1,4 m de haut), oui, c’est un gros véhicule. Attention donc aux trottoirs et aux parkings sous-terrains ! Merci à la vision 360°, aussi bluffante que pratique.

Face à la perfection des premiums Allemands, la Kia souffre évidemment de la comparaison. Ainsi le plastique gris alu des boutons de la console centrale dénote un peu. Aussi, l’écran GPS pourrait être mieux intégré, plus grand, plus en harmonie avec l’aspect général de la planche de bord. La modernité manque un peu à la vue des compteurs classiques, et non un écran numérique, mais les plus « old-school » apprécieront. J’aurais aimé un volant marquant un peu plus de rupture sportive avec les autres modèles de la gamme, bien qu’à méplat sur Stinger. Enfin à l’arrière, il aurait été bienvenu que la ventilation soit scindée électroniquement par zone pour un véhicule de cette gamme.

Malgré tout, le reste de l’habitacle s’avère cossu et bien fini. Les ajustements sont bons et les matériaux de bonne facture. Certains le décriront un peu austère. Une jolie finition alu brossée est heureusement présente au centre de l’habitacle et donne la touche sport-luxe bienvenue pour cette GT. En outre, j’ai personnellement apprécié la finition rouge de la sellerie cuir.

Pourquoi Stinger dans son garage ?

Mais que propose Stinger, face aux premiums Allemands qui sont les seuls à proposer des coupés quatre portes ?

Un design

J’aurai tout entendu de l’inspiration de Stinger en terme de style : un l’arrière de Maserati Granturismo, de Chevrolet Camaro de 2000 ou de Mazda RX7, un avant d’Audi A6 ou d’Alfa Guilia… finalement Kia hésite encore avec son identité stylistique. Cela ne veut pas dire que Stinger ne possède pas de personnalité, bien au contraire, et c’est aussi pour cela que l’on peut craquer pour Kia qui choie ses modèles depuis quelques temps.

Un équipement de série

Disponible en trois niveaux de finition « GT Line », « GT Line Premium » pour la version Diesel et « GT » pour la V6 T-GDI, j’éviterai de lister la belle liste des équipements de série disponibles sur la Stinger, car la liste est longue dès la version « de base ». D’ailleurs, seules les peintures, métallisées ou nacrées, prennent place dans la courte liste d’options, là où les Allemands font allègrement grimper l’addition. Kia reste donc simple dans sa gamme, avec de jolies prestations. Il ne manque pas grands choses et à vrai dire, je cherche encore ce qu’il manque à cette version GT qui dispose en série, entre autre (allez, je me lance) : du GPS, du toit ouvrant (!!), des projecteurs full LED adaptatifs, de l’affichage tête haute, de la sellerie cuir nappa avec tous les sièges chauffants, ventilés et électriques à l’avant, de l’ordinateur de bord complet avec les G-forces, puissance (… « et tout et tout »…), de la vision 360°, du chargeur induction, ou encore de l’excellent système audio Harmann-Kardon.

Un prix attractif

… le tout à partir de 44.400€ pour la finition GT Line Diesel 2WD, +3.900 € pour GT Line Premium, +1500 € pour 4WD. Compter 59.900€ pour la version GT V6 essence 4WD, soit le exactement celui d’une CLS diesel de base par exemple. À ce tarif, Kia jette un bon gros pavé dans la marre paisible des premiums, presque comme saurait si bien le faire Dacia et ses prix « scandaleusement accessibles » (j’ose le comparatif !). Quid, certes, de la valeur résiduelle de la Kia Stinger dans le temps, probablement pas celle d’une A7 de 5 ou 6 ans. N’oublions pas toutefois, que Stinger, comme tous les autres modèles, profite de la garantie 7 ans, et ça, aucun autre n’a encore osé le faire.

Le diesel pour l’europe

La version diesel 2.2 CRDi 200ch disponible avec la même boite de vitesse automatique 8 rapports offre une entrée de gamme sage de la Stinger. Docile et sobre (6.4L/100km en cycle mixte), il contentera le rouleur passionné, le côté « furieux » en moins. Les États-Unis, grosse cible de marché, profiteront d’un essence 2.0L T-GDi de 255ch.

Je suis Stinger

L’identité Kia progresse. Le constructeur Coréen étonne une fois de plus, mais ici avec un véhicule de séduction. J’ai tellement apprécié rouler dans ce véhicule ! Bien qu’un peu trop imposant pour moi, il s’avère être suffisamment sportif pour s’amuser, possède des qualités de routière suffisamment réussies pour dévorer les autoroutes avec plaisir. J’ai rencontré là une superbe voiture. Kia réussi son tour de force et ma propre approche auprès de ce constructeur semble modifiée après cette essai. Kia a su me faire rêver, et je me suis un instant demandé « et pourquoi pas moi ? ». Alors non, conduire Stinger, ce n’est pas conduire (et payer) des anneaux ou une étoile, c’est surtout conduire une GT à l’identité différente de l’approche germanique. Les premiers véhicules seront disponibles en France en Novembre prochain.


 

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