Mona Lisa Anglaise

Je ne me mouille pas trop en affirmant cela : la Jaguar F-Type est l’une des plus belles autos de la production automobile actuelle. Digne héritière de la mythique Type-E, elle perpétue avec beaucoup de talent la tradition des coupés sportifs Jaguar. Nous avions déjà eu la chance d’approcher il y a quelques années sa version R, animée par un V8 de 550 ch. Nous en étions sortis subjugués, à la fois par sa beauté fatale, et par sa sonorité démoniaque.

La Jaguar F-Type R

J’ai eu la chance de tester au centre d’essais de Mortefontaine sa version ultime : la SVR. Retour sur cette expérience inoubliable.

Une ligne (encore) plus bestiale

La SVR est la seule F-Type de la gamme à recevoir la patte SVO (Special Vehicule Operations, le département personnalisation de la marque). Assemblée dans les ateliers de SVO basés dans le Warwickshire en Angleterre, elle a fait l’objet d’un travail de mise au point supplémentaire, qui débute par sa ligne extérieure.

Cette dernière a en effet été revue par les ingénieurs afin d’améliorer son aérodynamique. A l’avant, le bouclier reçoit des entrées d’air élargies, afin de refroidir plus efficacement le moteur et les freins. Dans le même ordre d’idée, les ouïes latérales permettent de mieux guider le flux d’air autour des roues, objectif également poursuivi par le fond plat de l’auto, et son diffuseur, tous deux revus.

A l’arrière, un aileron en fibre de carbone, plus large et plus haut que le becquet des autres F-Type, permet d’augmenter l’appui aérodynamique, tout en diminuant la traînée. Il se déploie au dessus de 113 km/h afin d’améliorer la stabilité de l’auto, et se rabaisse à 80 km/h. Il peut également être déployé à la demande, en appuyant sur un bouton.

Pour compléter ce look ostensiblement sportif, la F-Type SVR reçoit des jantes en aluminium forgé de 20 pouces. Superbes, ces dernières permettent par ailleurs d’économiser 13,8 kg sur la balance !

Déjà adepte des lignes de la F-Type, je dois vous avouer que je suis littéralement tombé amoureux du look de cette version SVR, plus bestiale que jamais, mais qui a le bon goût de ne pas dénaturer le superbe coup de crayon de Ian Callum, le « papa » de la F-Type.

Rajoutez 7.000 Euros, et vous repartirez au volant de la version Cabriolet, avec capote en toile souple, encore plus plantureuse que le Coupé à mon avis.

L’intérieur se veut également plus exclusif. Il reçoit pour l’occasion des éléments spécifiques : seuils de porte, volant siglé SVR assorti de palettes élargies en aluminium anodisé, console centrale aux finitions en aluminum brossé avec plaque SVR, sièges « Performance » matelassés, et garniture de toit en suédine. La position de conduite jambes allongées est parfaite, les matériaux somptueux, et la finition irréprochable. En revanche, je trouve que le degré de personnalisation de l’habitacle aurait pu être un peu plus poussé, l’intérieur de la SVR ne se démarquant pas assez de celui des autres modèles de la gamme, et plus particulièrement de la R. Pas de quoi bouder mon plaisir, d’autant qu’il est temps de me lancer à l’assaut du circuit routier de Mortefontaine !

Une conduite plus exaltante que jamais

La F-Type SVR reçoit le V8 5,0 L suralimenté de la R, dans une version (encore) plus affutée. Sa puissance grimpe en effet à 575 ch, tandis que son couple maximal atteint les 700 Nm. Les performances font logiquement un bond en avant : le 0 à 100 km/h ne réclame plus que 3,7 secondes (- 0,4 s par rapport à la R), tandis que sa vitesse de pointe passe à 322 km/h.

La différence la plus notable (et notamment d’un point de vue auditif !) est à retrouver du côté de l’échappement, qui se convertit au titane et à l’Inconel. Il permet d’économiser 16 kg par rapport à l’unité d’origine. Cette perte de poids peut encore être accrue, si tenté que l’on opte pour le système de freinage carbone-céramique optionnel (facturé 10.165 Euros), qui permet de gagner 21 kg.

Les liaisons au sol sont également revues. La SVR reçoit des pneumatiques Pirelli P ZERO, plus larges de 10 mm, les réglages de son amortissement piloté et de sa direction sont revus, et sa suspension a été modifiée : les porte-fusées du train arrière ont été rigidifiées, afin de mieux encaisser les G latéraux, tandis que la barre anti-roulis avant a été légèrement assouplie, afin d’améliorer l’agilité.

Pression sur le bouton start. Le V8 se réveille, et un énorme sourire commence à se dessiner sur mon visage. Les glougoutements de la mécanique remplissent l’échappement, et la première accélération me transporte au septième ciel. Rauque et profond, le râle du V8 Supercharged n’a pas de pareille dans la production automobile actuelle (surtout lorsque le mode Dynamic est enclenché), et éclipse dans mon cœur le V10 de l’Audi R8 Plus, et ce d’autant plus que chaque décélération est accompagnée de crépitements et de détonations absolument jouissifs. Cardiaques s’abstenir.

Ce moteur deux visages : souple et docile aux allures légales, il peut se muer en fauve si tenté qu’on chatouille d’un peu trop près la pédale de droite. Il est obligatoirement associé à une boîte automatique à 8 rapports, qui égrène les rapports sans temps mort et avec une douceur parfaite, et qui sait se montrer véloce en mode séquentiel, via les palettes au volant.

Si la F-Type SVR dispose d’une transmission intégrale, elle envoie la quasi-totalité de sa puissance aux roues arrières lorsque les conditions d’adhérence le permettent. Cette répartition nettement typée propulsion se ressent dès les premiers virages sur le circuit routier de Mortefontaine. Agile et alerte, le félin de SVO se montre étonnamment efficace pour un engin de ce poids (1.705 kg sur la balance). Délibérément joueuse du train arrière, la F-Type SVR n’en devient pas pour autant vicieuse, puisque ses aides électroniques sont capables de vous remettre dans le droit chemin en cas d’excès d’optimisme. Mode Dynamic enclenché, le son de cloche est radicalement différent, l’auto devenant alors beaucoup plus permissive, ce qui m’a permis de m’adonner avec délectation aux joies des dérives (plus ou moins…) maitrisées. Le freinage de notre modèle d’essai, qui bénéficiait de l’option carbone-céramique, s’est montré conforme à nos attente, conjuguant puissance et endurance. Seul (petit) bémol : la direction pourrait se montrer un peu plus précise autour du point milieu.

Le sélecteur de modes de conduite

Sur l’anneau de vitesse, j’ai pu constater la stabilité irréprochable de l’auto, malgré les 260 km/h accrochés par le pilote-instructeur qui m’accompagnait (je lui avais pour l’occasion laissé le volant), alors même que je luttais de mon côté contre les effets de la force centrifuge, qui m’empêchait de lever les bras !

Le prix de la F-Type SVR

La F-Type SVR est affichée 140.580 Euros, soit 23.400 Euros de plus que la version R, qui dispose également d’une transmission intégrale. C’est plutôt « bon marché » face à ses deux principales rivales : les Audi R8 V10 de 540 ch (171.300 Euros), et la Porsche 911 Turbo S de 580 ch (206.135 Euros). En revanche, une Nissan GT-R de 570 ch reste loin devant en terme de rapport prix/puissance (99.911 Euros). Comme ses concurrentes, de nombreux équipements restent en option (système Audio Meridian, climatisation bi-zone, caméra de recul…).

Points positifs :

+ Sonorité démentielle et performance du V8

+ Look délibérément sportif, sans tomber dans l’excès

+ Comportement routier, agile et vivant

+ Auto exploitable et « vivable » au quotidien

Points négatifs :

– Direction manquant un peu de ressenti

– Surcoût par rapport à la version R

Conclusion : Dr Jekyll et Mr Hyde

Tour à tour civilisée ou sauvage, la F-Type SVR souffre d’un dédoublement de personnalité, à l’image du Docteur Londonien du légendaire roman. Capable « d’enquiller » les kilomètres avec confort et docilité, puis de se muer en redoutable sportive quand l’envie s’en fait sentir, elle constitue une superbe vitrine pour la marque Anglaise et son département SVO. Seul son surcoût par rapport à la déjà redoutable version R pourrait en refroidir certain. Tout cela n’est pas suffisant pour effacer le souvenir impérissable qu’elle m’a laissé, et qui fait que, même plusieurs mois après son essai, sa sonorité démoniaque me hante encore…


 

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