Essais,  Road-Trip

Carnet de Routes : Grand-Tourisme dans Le Perche en Jaguar F-Type V8

Le Mans, un nom qui fait rêver Les Anglais depuis bientôt cent ans. La ville sarthoise, via sa célèbre épreuve d’endurance auto’ des 24 Heures, est une institution pour tout passionné de l’autre côté de La Manche. Les 24 Heures du Mans, et Le Mans Classic, accueillent des milliers d’Anglais et leur supercars comme notre Jaguar F-Type (ou camping-cars). Bien plus qu’une course, c’est une ambiance, une ferveur. L’esprit du Mans, c’est avant tout la passion.

Parmi les marques britanniques qui brillent historiquement et qui ont toute leur légitimité à poser ses pneus au Mans, Jaguar est assurément l’une des plus iconiques avec des voitures engagées dès 1950. Quoi de mieux que de prendre le volant de la plus ultime de toutes, la Jaguar F-Type V8, pour un road-trip à travers Le Perche jusqu’à Le Mans Classic ? C’est parti !


Road-Trip | La Traversée du Perche

  • Longueur : 100 km
  • Durée : 1 journée (avec arrêts)
  • Rythme : dynamique+
  • Tracé

Essai | Jaguar F-Type P450

Pour se rendre au Mans depuis le sud de Paris, plusieurs choix s’offrent à vous : le soporifique et coûteux autoroute A11 qui vous permettra d’arriver vite, ou décocher l’option « péages » et profiter du charme des départementales françaises et des villages traversés.

En bons passionnés du bitume et de la gastronomie que nous sommes, vous vous doutez bien que nous avons préféré déplier les cartes et chercher les virages.

Nous avons jeté notre dévolu sur la belle région du Perche, entre Chartres, Le Mans et Alençon, au volant de l’une des GT les plus désirables du marché à ce jour. Point de départ de notre balade autour du charmant village de La Ferté-Vidame, où notre félin nous attend devant les vestiges du château.

Point de départ : La Ferté-Vidame

Cela fait dix ans que la Jaguar F-Type fait tourner les têtes. Diablement attirante dès son lancement au Mondial de Paris 2012, elle n’a pas pris une ride après une décennie. Sa ligne rappelle son illustre ainée, la E-Type. Un long capot, des hanches galbées et une chute de rein affolante donnant sur un porte-à-faux très court. Elle est à mon sens plus séduisante et plus racée en coupé qu’en cabriolet… même si j’avoue plus d’une fois avoir été frustré par l’absence de toit-ouvrant ou même d’une capote compte tenu de la météo.

Le restylage qu’elle a connu en 2020 a eu le bon goût de la moderniser sans la dénaturer. Une signature arrière retouchée en douceur, de nouvelles jantes, plus de technologie et un nouveau museau. Je confesse préférer l’avant initial de la Jaguar F-Type à la notre… Plus fine, plus expressive mais aussi plus incisive, « c’était mieux avant ». La nouvelle identité s’inscrit plus logiquement avec les autres modèles de Jaguar, mais dans le rétro la F-Type perd de son agressivité. La GT semble moins dynamique et plus lourde de l’avant, elle gagne en modernité ce qu’elle laisse en dynamisme et en finesse.

Reste que son allure est sublime, et sa surprenante robe Rouge Firenze que l’on aurait volontiers plus imaginé sur une belle Italienne lui sied parfaitement. Pas de fioritures, pas d’appendices vulgaires, la F-Type est une diva aussi chic que sportive. On pourrait passer des heures à l’admirer, mais il faut y aller !

Cap au Sud, vers Le Mans. Nous n’avons pas forcément le temps de tournicoter dans Le Perche, donc nous mêlons trajet direct et routes agréables. Partant de La Ferté-Vidame, les tracés sont bien rectilignes et nous enchainons les traversées de forêts domaniales au volant de la F-Type jusqu’à la petite ville de Longny-au-Perche. À rythme de Lord, l’Anglaise est une GT délicieuse à côtoyer. La suspension pilotée permet de gommer toutes les irrégularités de la route et l’on navigue à bord d’un vaisseau amiral de qualité.

Les magnifiques fauteuils baquets sont fermes, mais elle n’est pas inconfortable pour autant. La qualité des cuirs est absolument sublime, et l’habitacle en est recouvert. Le toit vitré laisse pénétrer les rayons du soleil, et l’on profite des sièges ventilés pour préserver notre cocon de ce début d’été pour le moins caniculaire. Échappement fermé, le V8 miaule doucement à chaque relance dans un râle aussi discret que noble. Une sportivité suggérée qui sied parfaitement à la philosophie de la F-Type. Elle se fait remarquer sans en faire des tonnes. Elle garde ce flegme et cette classe qui la caractérisent à merveille.

À l’approche de la délicieuse petite bourgade de Bizou et son nom atypique qui invite à la tendresse, le GPS se met à zigzaguer et la route à devenir intéressante. Sur quelques kilomètres en sous-bois vallonnés, la D213/612 est l’une de ces pépites de départementales que l’on se plait à découvrir par surprise. Mode Dynamique enclenché, le félin se révèle et montre toute sa fougue. Le béquet arrière se déploie et l’échappement se libère, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Le V8 demande à grimper à plus de 4000 tr./min. pour nous gratifier de ses plus belles vocalises et ça vaut le coup…

Le bon gros V8 5.0 L turbocompressé de 450 ch a la lourde tâche de mouvoir les 1800 kg de la F-Type. Une mécanique non-hybridée ou électrisée, à l’ancienne et pleine de charme, qui ne demande qu’à être sollicitée. Le 0 à 100 km/h est abattu en 4,6 secondes et les 580 Nm de couple propulsent le Jaguar à chaque sortie de virage. La motricité passe sans soucis au sol grâce à une transmission intégrale prévenante sans pour autant devenir trop castratrice.

La boite automatique ZF à huit rapports ne subit aucune critique. Avec ses passages éclairs et sa réactivité exemplaire, elle accompagne parfaitement la mécanique et participe à cette alchimie absolument jouissive au volant. Plein à tous les régimes, le bloc V8 propose une poussée linéaire mais fournie. On peut ainsi se satisfaire de rouler sur un filet de gaz et relancer lorsque bon nous semble, ou rester haut dans les tours et bénéficier de toute sa rage. 

La sonorité est grisante entre rugissement rauque à l’accélération et pétarades au lâcher de gaz, et l’on se retrouve vite à des vitesses inavouables. Ne voulant aller ni en enfer ni au tribunal, nous redescendons à des allures décentes et approchons d’un lieu sacré pour expier nos péchés : Notre-Dame de Montligeon, surnommée « Notre-Dame des Champs ». Les deux flèches de 60 mètres de haut sont visibles de loin, au milieu des plaines du Grenier de la France. L’imposant édifice mérite à lui seul le détour. 

Peu après La Chapelle-Montligeon, nous tombons par hasard au cœur du hameau de Mauves-sur-Huisne sur le restaurant « Sam Au Volant » au crédo plus qu’intéressant pour nous : des mordus d’automobile qui proposent des bons petits plats dans une décoration qui respire la passion du bitume et des belles mécaniques. Il est encore trop tôt pour que nous puissions y déjeuner, mais nous savons déjà que nous y reviendrons. Ce genre d’adresse tenu par des passionnés pour des passionnés, nous, on adore. La F-Type et sa philosophie très « grand-tourisme » se fond à merveille dans cette découverte des trésors de nos campagnes à rythme tantôt cool, tantôt dynamique.

En parlant de dynamisme, la D5, qui permet de rejoindre la superbe petite ville de Bellême, est une portion à garder en tête pour limer du bitume. Mode Dynamique activé, le châssis de la Jaguar F-Type se raffermit ; les suspensions pilotées durcies posent encore un peu plus le félin sur l’asphalte, et la direction gagne encore en consistance. Cette dernière n’a pas la légèreté et la précision d’un train avant de Lotus Exige, mais on oublie vite le gabarit de la Jag’.

L’effet long capot et petites fesses se ressent dans les enchaînements sinueux et compressions à l’approche de la Forêt Domaniale de Bellême. La F-Type avale chaque bosse avec brio et avec vivacité. Le roulis est contenu et la GT offre une belle stabilité, démontrant des qualités dynamiques malgré un embonpoint certain sur le papier. Au volant, la position est impeccable, et on fait vite corps avec la voiture. L’assise étant positionnée quasiment sur le train arrière, comme sur une MX-5, on a l’impression d’être aux commandes d’une voiture plus compacte et cela participe à cette sensation d’agilité.

Parlons bien de sensation, car dès que le tracé devient plus serré, la diva britannique s’y sent moins à son aise. Dans le très sinueux, on sent la voiture moins rigoureuse mais aussi plus expressive. On ressent cet avant alourdi par le gros V8 et un arrière plus léger et donc plus flottant. La transmission intégrale veille au grain, mais il faut se montrer doux avec les gaz pour ne pas sentir la poupe partir en travers. 

Avec du talent et du courage, emmener sur piste et glisser en Jaguar F-Type doit être aussi épuisant que jouissif. Une auto vivante et exigeante qui demande un peu d’humilité, en somme. Elle demande à être découverte et apprivoisée avant de pouvoir profiter de tout ce dont elle est capable. Elle n’est ni cette élève modèle que peut être une 911 922, ni cette bourgeoise un peu fainéante incarnée par la Bentley Continental GT. Le félin impose d’être dompté pour incarner à merveille cette quintessence du grand-tourisme.

Les pittoresques ruelles pavées de Bellême sont l’occasion pour nous de faire une halte et de trouver un sandwich avant de repartir vers La Terre Promise des 24 Heures du Mans. Au cœur d cette petite cité de caractère, la sculpturale Jaguar, son rouge intense et le râle de son V8 ne passent pas inaperçus. Le simple fait de s’arrêter nous permet de profiter encore de cette ligne absolument sublime.Un badaud s’approche de nous sur le parking pour nous complimenter et nous demander si nous sommes « l’un de ces Anglais de passage vers Le Mans qu’il n’arrête pas de voir depuis quelques jours ». Presque…

La suite du trajet vers Le Mans à travers le sud du Perche en direction du village de Bellou-le-Trichard commence par des vicinales et communales au milieu des champs de blé en pleine moisson où fort heureusement nous ne croisons personne. Un tracé étroit imposant un rythme « coude à la portière » qui sied fort bien à la Jag’. Bonne musique sur l’incroyable système Hi-Fi Meridian, on prend alors le temps de profiter de ce cocon moderne. On laissera le ronce de noyer et le cuir matelassé beige à des configurations plus traditionnelles. Dans notre version sportive, le cuir pleine fleur noir et l’aluminium se côtoient. C’est sobre, sérieux et sans aucune fausse note. Un standing de matériaux et de finitions à la hauteur de la réputation d’une Jaguar digne de cette lignée.

Le restylage de 2020 a amélioré la technologie embarquée, sans pour autant qu’elle ne prenne le dessus et transfigure l’habitacle de la F-Type. L’instrumentation numérique est la même que celle des autres Jag’, et un nouvel écran de 12 pouces fait son apparition au centre de la planche de bord. Tout y est pour passer un moment agréable, tant au niveau du multimédia que du confort. Mention spéciale aux bouches d’aération qui se dissimulent ou se déploient dans la console centrale en fonction de la ventilation. Abouti et chic à la fois.

Côté vie à bord, la F-Type prend soin de ses deux occupants, mais ne propose pas deux petites places à l’arrière pour emmener des enfants ou y stocker des sacs comme sur une 911. On compte alors sur la malle de 336 litres à l’espace bien fichu, qui suffira amplement pour partir en duo.

Passées la charmante petite bourgade de Bonnétable puis les rives de la Sarthe à Montfort-le-Gesnois, nous arrivons sur la partie finale et très peu intéressante de notre trajet jusqu’à Le Mans : la D323. La départementale rectiligne et soporifique qui emprunte quelques portions historiques de la piste originelle des 24H du Mans est l’occasion d’abaisser un peu la consommation moyenne du félin.

 Avec plus de 15 L de moyenne à travers Le Perche, nous réussissons tant bien que mal à atteindre les 9 L à 80 km/h. Un V8 à l’ancienne sans hybridation, ça a forcément soif et ça coûte forcément cher à la pompe, mais le dicton bien « quand on aime, on ne compte pas »… Au moment de faire les comptes, d’ailleurs, on se surprend à ne voir que 5000 € d’options pour notre Jaguar F-Type P450 AWD Black Édition affichée à 116 310 €. 

La fin du trajet avant le tumulte de Le Mans Classic est reposante : insonorisation parfaite et douceur de fonctionnement, la F-Type s’imagine totalement comme voiture unique tant elle sait être un couteau-suisse absolument remarquable. Dr. Jekyll et Mr. Hyde, elle est une 911 à l’Anglaise qui a le bon goût d’être plus exotique que l’Allemande, tout ayant une ascendance on ne peut plus noble. Son V8 est une pièce de musée, et sa ligne est intemporelle.

Depuis 1948 et la XK120, puis la Type E, Jaguar marque l’histoire automobile. La F-Type s’inscrit à merveille dans une lignée iconique de coupés haut-de-gamme. Ces légendes que l’on s’apprête a voir avaler Les Hunaudières et glisser sous Le Dunlop aux côtés de l’incroyable Groupe C XJR-9. Elle respecte l’ADN de Coventry et incarne à la perfection cette vision moderne du grand-tourisme. Aussi bien capable d’avaler des kilomètres sans fatiguer ses occupants que de les divertir habilement quand le terrain s’y prête, la Jaguar F-Type et son attachante mécanique sont une espèce en voie de disparition. 

Cette journée à son volant, nous en avons savouré chaque seconde. Loin de toutes considérations écologique ou économique, loin des kWh et des cartes d’abonnement pour charger, cette dose de passion automobile et de pilotage pur en préambule d’un événement aussi incroyable que Le Mans Classic était en quelque sorte notre cadeau de Noël estival. God Save The Petrol, Le Mans nous voilà !

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