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Essai, MG Marvel R : arme de (re)conquête ?

On n’assiste pas tous les jours à la renaissance d’un constructeur, et encore moins quand celui-ci change de pavillon. Nous avons connu MG sous étendard britannique, avec le passé glorieux et les petits roadsters attachants qui ont fait sa renommée depuis 1924. Près d’un siècle après sa naissance, le phénix renaît de ses cendres sous pavillon (financier) chinois avec une approche bien plus rationnelle et dans l’ère du temps. Pour conquérir le Vieux-Continent, l’arme de (re)conquête pourrait être un Avenger : dites bonjour au MG Marvel R.

Présent de nouveau en France depuis 2020 avec un SUV hybride et un SUV électrique plutôt conventionnels et qui n’ont pas fait trop de vagues, le constructeur compte bien marquer les esprits avec son Marvel R. A-t-il les armes pour trouver son public ?

S’inspirer pour mieux briller ?

Histoire de plaire au plus grand nombre et marquer les esprits, le Marvel R a belle allure. MG a puisé son inspiration dans un panel de modèles qui plaisent aux Européens, et ça se sent un peu partout quand on pose les yeux sur sa plastique.

Difficile de ne pas penser à du Audi dans le 3/4 arrière ou à un peu de Volvo sur le profil avant. La comparaison est flatteuse, l’inspiration est réelle, mais il ne faut pas réduire le SUV chinois à une pâle copie de nos succès européens.

MG propose ici quelque chose de véritablement soigné et agréable à regarder. Bien plus chic qu’un VW ID4 et plus harmonieux qu’un Skoda Enyaq, il a ce côté rassurant des SUV traditionnels que les modèles électriques essaient habituellement de balayer au profit d’un look innovant mais qui vieillira à mon sens plutôt mal.

Marvel R est bien dans son temps, avec une signature lumineuse aboutie, des poignées de porte affleurantes et une allure moderne qui plaira au plus grand nombre. Sa face avant, dénuée de calandre et dotée d’une petite jupe en fibre de carbone, avale le bitume, l’arrière assez haut-perché termine joliment un profil relativement traditionnel.

Son but n’est pas de cliver mais plutôt de rassembler, tout en créant un certain engouement grâce à une silhouette assez passe-partout et un cocktail général séduisant. Il y a du chrome mais pas trop, le MG Marvel R est chic et moderne sans être bling-bling et trop torturé.

Reste à voir avec les prochains modèles qui sortiront s’il s’impose comme le lanceur d’une véritable identité stylistique pour le constructeur, dont on ne sait pas encore trop sur quel crédo les attendre. En tout cas, j’aime bien !

Soigner ses occupants

Là où l’extérieur plait de façon assez générale sans faire trop de vagues, MG a soigné sa copie à bord pour prendre soin de ses occupants.

La présentation est cossue, soignée et résolument technologique. On a un réel effet « wahou » quand on pénètre à bord du Marvel R ! Le dessin de la planche de bord est moderne, pensé autour d’un monumental écran tactile vertical flottant de 19,4 pouces qui permet de n’avoir quasiment aucun bouton physique.

Cela demande un certain temps d’adaptation pour se familiariser avec une ergonomie totalement chamboulée. Le système multimédia est bien conçu et complet, mais il nécessite qu’on l’apprivoise et qu’on navigue dans ses nombreux menus avant de sentir qu’on exploite tout ce qu’il a à offrir.

Cet écran gigantesque offre un affichage lumineux, mais la réactivité de sa dalle laissait quelque peu à désirer lors de notre essai. À voir si cela est matériel, ou si une mise à jour logicielle pourra corriger la chose, mais ça n’est pas très fluide à utiliser en l’état.

Passer quelques minutes à bord du Marvel R balaye tous les préceptes que l’on pouvait avoir concernant les voitures chinoises. On sent qu’il a été conçu par et pour des Européens avant tout.

Les matériaux utilisés sont, pour la grande majorité, au niveau des standards des constructeurs généralistes avec un soin particulier apporté aux très beaux fauteuils en cuir nappa et aux contreforts de portes. La présence d’écrans imposants et la dissimulation des aérateurs apportent un côté très moderne à la planche de bord. 

En choisissant l’ambiance intérieure claire (une option gratuite !), on se retrouve ainsi dans un cocon lumineux et zen qui sent presque le premium. Quelques ajustements moyens et plastiques « cheap »  dans les parties basses contrebalancent un peu la très bonne impression générale laissée par l’habitacle du Marvel R, mais l’ensemble est plus que convaincant et agréable à vivre.

Un sentiment de bien-être renforcé par l’immense toit-ouvrant panoramique et les surfaces vitrées généreuses. Les passagers sont ainsi choyés à bord, et cela continue avec une habitabilité tout à fait correcte pour cinq passagers : l’espace aux jambes et la garde au toit permettent des voyages en famille sans encombre.

Le coffre, à ouverture électrique, n’offre lui qu’un volume de stockage trop juste de 357 L (1396 L banquette arrière rabattue) sur notre version à quatre roues motrices, dont le moteur sur l’essieu avant vient condamner la malle à l’avant. Les version à deux roues motrices bénéficient ainsi en plus de 150 L de stockage en plus devant. 


Électriser le marché ?

« Recharge Yourself », tel est le slogan de MG pour son retour. Le constructeur ne proposera ainsi que des modèles hybrides ou 100 % électriques. Le Marvel R est ainsi le nouvel ambassadeur de cette stratégie en n’étant alimenté que par des électrons.

Une seule batterie de 70 kWh et deux versions sont proposées :

  • Propulsion : 180 ch / 410 Nm / 0-100 en 7,9 sec. / Autonomie WLTP : 402 km
  • Intégrale : 288 ch / 665 Nm / 0-100 en 4,9 sec. / Autonomie WLTP : 370 km

Si la première version devrait être majoritaire en terme de ventes, grâce à un tarif plus accessible et à une meilleure autonomie, c’est la version la plus performante qui nous a été confiée pour cette première découverte du Marvel R.

Armé de trois moteurs (deux sur l’essieu arrière, un sur l’essieu avant), le Marvel R peut ainsi offrir quatre roues motrices et des performances loin d’être ridicules, sur le papier.

Dans les faits, le SUV est à classer dans les forces tranquilles électrisées plus que dans les modèles électrisants. Sa conduite n’a rien de bien fascinant quand on daigne basculer en mode Sport, la bestiole étant lourde et son amortissement (passif) un peu dépassé par la masse de 1920 kg à mouvoir. Les mouvements de caisse se font sentir et la direction, rendue artificiellement consistante, peine à convaincre en conduite dynamique. 

Son amortissement un poil sec est un peu son talon d’Achille : il ne permet pas à la voiture d’avoir un comportement vraiment rigoureux, tout en pénalisant un peu ses passagers avec un confort ferme comme on aime se les infliger de plus en plus à bord de tous ces SUV aux grosses jantes. Bref, ne comptez pas retrouver en lui un quelconque fragment d’ADN des MG d’antan (on s’en doutait…) et avoir la banane à son volant comme on l’avait dans ses ainées britanniques. C’est une voiture d’adulte rationnel !

Taillé pour voyager

Le Marvel R est un voyageur de qualité, élaboré pour enchainer les kilomètres et affronter la vie quotidienne. Il est doté de toutes les aides à la conduite possibles et imaginables pour rendre la conduite reposante et soigne ses bruits d’air pour offrir une expérience à son bord très agréable, que ça soit au volant ou à côté.

Même si cela en devient habituel, il est toujours agréable de constater à quel point rouler en électrique est une expérience reposante et apaisante, et le Marvel R ne déroge pas à la règle avec une insonorisation soignée. Cela incite à rouler toute en fluidité, et avec un flegme qui permet de surcroit d’économiser de précieux kW.

Roulant à bord de la version à transmission intégrale (288 ch / 212 kW), nous avons ainsi pu compter sur 665 Nm de couple et nous attendre à une consommation moyenne de 20,9 kWh/100 km pour parcourir jusqu’à 370 km dans le meilleur des mondes (celui du WLTP). Dans les faits, pour tenter d’y arriver, MG a prévu quelques babioles…

Le Marvel R propose trois paliers de récupération d’énergie au freinage, mais même le niveau le plus élevé ne permet pas de rouler à une pédale. Sa roule libre permet de régénérer jusqu’à 0,3G, sans pour autant se passer de devoir freiner comme certains de ses concurrents.

Un peu comme la Porsche Taycan (la comparaison est flatteuse), il offre également une boite de vitesses à deux rapports : le premier pour les phases de roulage « normales » et apporter du couple, et le second qui se déclenche autour de 90 km/h pour optimiser la consommation de watts. Malin, et garant d’une certaine efficience au quotidien.

Avec sa batterie de 70 kWh et son chargeur embarqué de 11 kW, qui accepte des charges allant jusqu’à 92 kW sur des bornes DC (type Ionity), le Marvel R a de quoi passer de 30 à 80 % en 30 minutes.

C’est loin des 150 kW de certains concurrents, mais cela permet de s’aventurer sans trop de craintes sur de longs trajets autoroutiers pour partir en vacances sans garder de voiture thermique à la maison. Au quotidien, sur une Wallbox, une nuit suffira à lui redonner assez de watts pour assumer tous les déplacements.

Le suivi et la planification de la charge se font via une app sur smartphone très bien conçue, qui permet également de déclencher le chauffage stationnaire à distance ou de lancer des itinéraires puis de les envoyer directement à la voiture grâce à sa connexion 4G intégrée.

Le système de navigation embarqué n’est à ce jour pas équipé d’une vraie fonctionnalité prenant en charge les arrêts avec les temps nécessaires de charge. Cela ajoute un peu de stress aux longs voyages tant que le réseau de charge restera si incertain, et il faudra ainsi utiliser une app (via CarPlay ou Android Auto) pour connaitre la position et la disponibilité des bornes.

Nous n’avons pas roulé sur voie rapide et n’avons ainsi pu vérifier l’autonomie réelle ou la consommation moyenne du Marvel R sur autoroute pendant cet essai, mais les valeurs d’homologation ne nous ont pas semblé farfelues ou in-atteignables.

En ville, le Marvel R arrive à se stabiliser autour des 16 kWh/100 km, et sur route à 80/90 km/h comptez environ 19 kWh/100 km en anticipant un minimum le relief et en profitant de la roue-libre. Ça n’est pas le plus sobre du lot, mais il reste un bon élève en la matière grâce notamment à un CX soigné (0,29).

Comptez sur nous pour emmener prochainement le SUV chinois sur de longues distances, afin de vérifier nos très bonnes premières impressions sur sa propension à avaler du kilomètre et voir jusqu’à combien de kilomètres on peut prétendre parcourir en sa compagnie.

En proposer beaucoup pour (assez) peu

Pour frapper fort, MG a choisi d’adopter une politique tarifaire extrêmement agressive avec son Marvel R : trois niveaux de finitions qui déterminent les équipements et zéro options (même les teintes ou les selleries). La gamme est ainsi extrêmement simple, et la dotation pléthorique dès la version d’accès positionnée à moins de 40 000 €.

  • 39 990 € pour 132 kW/180 ch version Comfort (propulsion)
  • 44 990 € pour 132 kW/180 ch version Luxury (propulsion)
  • 48 990 € pour 212 kW/288 ch version Luxury (transmission intégrale)

Le meilleure choix à faire réside surement en la version tarifaire intermédiaire Luxury, qui reprend la motorisation de 132 kW en lui ajoutant tous les raffinements imaginables en terme de confort et de technologie.

Cette version à deux roues motrices propose en plus une meilleure autonomie (402 km WLTP contre 370 km pour la version à transmission intégrale). Rien ne manque à bord du Marvel R, et il lui arrive même d’en offrir bien plus que plusieurs de ses concurrents pour près de 6 à 7000 € de moins.

Le Marvel R se positionne dans un segment encore assez pauvre en terme de concurrence. Ses premiers rivaux, qui en offrent bien moins en terme d’équipements, s’échangent pour bien plus cher. Pour moins de 40 000 €, MG propose un SUV abouti, à la dotation complète, et capable sans sourciller d’emmener toute la famille sur de longs trajets. Une petite claque sur le marché, et une formidable opportunité pour la marque de se frayer un chemin dans la jungle des SUV et acquérir rapidement une légitimité méritée.

La renaissance du phénix

Comptant sur son réseau de vente et de services en pleine expansion (100 concessions en France à ce jour), MG compte bien frapper un grand coup. Marvel R est un modèle séduisant et répondant aux standards de la clientèle européenne : plastique consensuelle et moderne, habitacle soigné et accueillant, dotation pléthorique et agréable à mener sur la route.

Le tableau n’est bien entendu pas parfait : les aides à la conduite mériteraient à être un peu plus intelligentes (entendez par mieux calibrées), l’écran multimédia gagnerait à être plus réactif, le coffre (sans la malle avant) est un poil juste pour une famille, l’autonomie aurait pu être un brin supérieure pour espérer faire plus de 300 km sur voie rapide, et une puissance de charge plus importante lui aurait permis de ne pas trop se poser de questions au moment de signer le bon de commande.

Reste qu’à moins de 40 000 €, MG met une claque aux idées reçues que l’on peut avoir sur les voitures chinoises, voire au-delà même, en rebattant les cartes du marché des SUV électriques familiaux. Pour le tarif d’une compacte essence somme toute banale bien équipée, le constructeur propose un produit 100 % électrique familial et soigné capable de rencontrer un franc succès à mon sens.

Le Marvel R est le porte-étendard de la marque, il préfigure l’arrivée de nombreux nouveaux modèles dans les prochaines années. Une ambition de conquête pour MG, qui se donne en tout cas les moyens de redonner à ces deux lettres mythiques le succès qu’elles méritent.

Galerie photos

¨Photos : Victor Desmet

MG Marvel R

7

7.0/10

On aime

  • Look recherché
  • Planche de bord soignée
  • Habitabilité
  • Douceur de fonctionnement
  • Rapport qualité-prix

On aime moins

  • Coffre réduit
  • Quelques détails de finition hasardeux
  • Puissance de charge DC relativement limitée