Vers l’Infini, et au-delà !

Rédacteur sur Blog-Moteur depuis début 2014, j’ai eu la chance d’essayer de nombreuses autos, de la petite citadine italienne à la grosse berline allemande, en passant par de nombreuses sportives, toutes plus exaltantes les unes que les autres. Pourtant, c’est toujours avec une excitation particulière que j’aborde l’essai d’une Tesla. La marque Américaine, spécialisée dans la construction de véhicules 100 % électriques, possède en effet une approche différente de l’Automobile, basée sur une technologie d’avant-garde (système Autopilot, mises à jour à distance…), et des caractéristiques de pointe (autonomie, performances). Il y a deux ans, j’étais ainsi littéralement amoureux de la Model S P85D, avec sa ligne élancée, ses accélérations stratosphériques, et ses fonctionnalités assez folles (son essai est à relire ici).

Autant vous dire que je n’ai pas hésité une seconde quand Tesla France m’a proposé d’essayer le dernier modèle de la gamme : le SUV Model X, dans sa version 90D. Récit de ma découverte de ce vaisseau spatial sur roues, qui ne dépareillait pas dans un remake de Retour vers le Futur !

Ligne extérieure : Colosse électrique

Autant être franc avec vous : la Model X ne fait pas vraiment dans la finesse. Déclinant à la sauce SUV les lignes de la Model S, elle offre des lignes plutôt massives, avec une hauteur imposante, et une surface frontale qui l’est tout autant.

Cette dernière permet de caser l’impressionnant pare-brise panoramique (le plus grand de la production automobile actuelle), qui offre une expérience unique aux passagers avant. Surteinté en partie supérieure, il permet de profiter de la route en version panoramique, sans que les passagers ne soient dérangés par le soleil (des pare-soleil déployables permettent de les protéger des rayons les plus vifs). Derrière ses proportions imposantes (5,04 m de long, et 2,07 m de large), les ingénieurs Tesla ont accompli un véritable tour de force : la Model X est le SUV disposant du meilleur coefficient de résistance à l’air du marché (0,24). Dépourvue de prise d’air, cette face avant, commune avec la Model S, dispose d’une signature lumineuse et d’un éclairage à LED.

Cette « optimisation aérodynamique » se retrouve aux 4 coins de l’auto : ligne de toit en arc de cercle, becquet fixe surplombant le hayon, ou encore soubassements entièrement carénés. Le profil est dynamisé par les superbes jantes « turbine » de 22 pouces (optionnelles), et allégé visuellement par les poignées de porte encastrées (une simple pression suffit pour les ouvrir).

Au final, et à défaut d’avoir l’élégance de la Model S, l’auto ne manque assurément pas de prestance. Il m’a été presque impossible de passer inaperçu à son bord, et ce même noyé dans le flot de la circulation parisienne, pourtant coutumière des automobiles luxueuses. Véritable aimant à regards, « ma » Model X aura attiré l’attention de nombreux passants et automobilistes pendant mes 4 jours d’essai, sans doute intrigués par cette imposante auto se déplaçant dans un souffle d’air.

Enfin, impossible de clore ce chapitre sans aborder la caractéristique principale de la Model X : ses fameuses portes Falcon. Ayant fait l’objet d’un fastidieux travail de développement, elles sont supposées garantir une accessibilité exemplaire aux places arrières, tout en nécessitant un espace d’ouverture réduit (elles ont besoin de 30 cm d’espace latéral pour s’ouvrir). Bardées de capteurs, elles se sont montrées à la hauteur de mes attentes, en adaptant parfaitement leur déploiement à l’espace disponible, et ce quelque soit la situation (parking souterrain, auto stationnée à proximité…). Surtout, leur cinématique d’ouverture, un peu longue au demeurant, est tellement extravagante qu’elle réveillera forcément l’enfant qui sommeille au fond de vous. La Model X, digne héritière de la DeLorean DMC-12 de la saga Retour vers le Futur !

Vie à bord : Espace, raffinement, et technologie d’avant-garde

Monter à bord d’une Model X, c’est déjà effectuer un saut dans le futur : motorisée (comme tous les autres ouvrants), la portière conducteur dévoile un habitacle épuré et sans fioritures. Simplifiée à l’extrême, la planche de bord reçoit en partie centrale une énorme tablette tactile façon iPad de 17 pouces, regroupant la quasi-totalité des commandes d’info-divertissement (navigation, ventilation, réglages de conduite…).

Au final, la console centrale ne conserve que deux boutons « physiques » : celui commandant les warning, et celui qui déclenche l’ouverture de la boîte à gants. L’auto fait également l’économie d’un bouton de démarrage : il suffit de se glisser à son bord (muni de la clé, cela va sans dire…), puis de presser la pédale de frein pour qu’elle sorte de sa torpeur (et qu’elle referme automatiquement la portière conducteur par la même occasion !).

Disposant de sa propre connexion 4G, la Model X offre une expérience multimédia unique, intuitive et réactive, même si un temps d’adaptation est nécessaire pour assimiler les multiples fonctionnalités. Navigation GPS avec affichage d’une vue satellite (génial pour découvrir de nouveaux spots photos!), abonnement Spotify Premium, radio numérique, navigateur internet (…) : rien n’est trop beau pour reléguer ses concurrentes au rang d’antiquités sur roues ! Cette connexion lui permet par ailleurs de recevoir des mises à jour à distance, afin d’améliorer les fonctionnalités existantes, ou même d’en installer de nouvelles.

Soucieuse de l’environnement et de votre santé, l’auto peut s’équiper en option d’un système de filtration de l’air HEPA, permettant d’éliminer la quasi-totalité des allergènes, bactéries et particules liées aux gaz d’échappement. Elle peut même vous protéger des armes biologiques, en se fermant hermétiquement à l’air extérieur, à l’instar d’une cabine pressurisée d’avion !

Par rapport à la Model S essayée il y a deux ans, la qualité de finition est en progression. Jouant habilement avec les contrastes, la planche de bord de notre modèle d’essai mêlait ainsi inserts en bois imitation frêne, cuir et alcantara du plus bel effet. Si l’auto a encore des progrès à réaliser pour atteindre la perfection d’une BMW Série 7 (certains plastiques utilisés en partie basse dénotent en effet), elle offre une expérience intérieure raffinée, et résolument décalée.

Disponible en versions 5, 6 et 7 places, la Model X offre un espace intérieur digne d’un minivan, le raffinement en plus. En configurations 6 et 7 places, l’auto dispose de 3 rangées de sièges, mais évite l’écueil classique de l’accès à la dernière rangée : montés sur des supports dédiés, les sièges de la rangée centrale peuvent en effet s’incliner, s’avancer ou reculer (électriquement, cela va sans dire !), afin de faciliter la montée et la descente des passagers. Comme dans un avion de ligne, les passagers de cette rangée profitent par ailleurs de hublots en partie supérieure des Falcon Wings, qui permettent d’éviter l’effet de confinement.

Accueillant sans peine 6 adultes, la Model X offre également un volume de chargement conséquent, puisqu’elle peut engloutir jusqu’à 2180 litres de bagages (en configuration 6 places, et tous sièges repliés). Si cela n’était toutefois toujours pas suffisant, un petit coffre à l’avant pourra encore accueillir quelques effets personnels.

Sur la route : Fusée sur coussins d’air

Les premiers kilomètres effectués au volant de la Model X sont saisissants. Au vu de son gabarit et de son poids conséquent (2.468 kg !), je m’attendais en effet à un engin plutôt pataud, et pas forcément gratifiant à conduire sur routes sinueuses. Il n’en fut rien.

Très facile à guider avec sa direction légère en manœuvres (elle se durcit progressivement ensuite), le SUV Tesla se montre en effet étonnamment agile et efficace pour un véhicule de cette trempe, avec son train avant plutôt réactif, et son roulis bien maitrisé. On mesure ici les bienfaits de l’implantation des batteries directement au sein de son châssis (repris de la Model S), qui permet d’abaisser son centre de gravité. Revers de la médaille, l’amortissement est plutôt ferme, en dépit de la suspension pneumatique Smart Air, qui permet d’ajuster à l’envie la hauteur de caisse. Electrique oblige, l’auto évolue dans un silence de cathédrale, et n’émet qu’un petit sifflement en phase d’accélération. Au dessus de 100 km/h, on constate quelques bruits d’air, surtout aux places arrières, sans toutefois que cela ne devienne gênant.

Grâce au système Dual Motor (un moteur électrique disposé sur chaque essieu), la motricité est sans faille, l’auto restant imperturbable en toutes circonstances, quelque soient les conditions météo.

C’est d’autant plus saisissant qu’il est bien question ici de puissance conséquente et de performances de premier plan. Plus que les chiffres « bruts » (90 kWh, soit l’équivalent de 422 ch, et 660 Nm de couple), c’est l’absence totale d’inertie et de temps de latence lorsqu’on presse la pédale de droite qui frappe le plus. Instantanée, la poussée est également très vive, l’auto vous catapultant de 0 à 100 km/h en 5 secondes, tout en offrant des reprises éclair, et une vitesse de pointe de 250 km/h. Les plus téméraires pourront quant à eux opter pour la version P100D, capable de réaliser le même exercice en seulement 3,1 secondes !

Reste une dernière (et importante) question : l’autonomie. Affichant 489 km d’autonomie théorique en cycle NEDC (l’ordinateur affiche quant à lui 410 km batterie rechargée à 100 %), l’auto dispose d’un rayon d’action d’environ 350 km en conduite classique, avec des conditions climatiques satisfaisantes. Cette autonomie sera bien évidemment réduite en période hivernale (chauffage et rendement moindre des batteries oblige), ou lorsqu’on décide de s’amuser avec, les grosses accélérations ayant tendance à faire rapidement fondre l’autonomie (et vos points de permis avec !).

Au sujet de la recharge, le réseau de bornes rapides Tesla Supercharger s’est considérablement étoffé depuis mon essai de la Model S : il compte à ce jour 53 stations en France, pour un total de 390 bornes, ce qui permet à Tesla d’affirmer que 99 % de la population française habite à moins de 130 kilomètres d’un Supercharger (SC). Batterie déchargée, comptez environ 1h30 sur un SC pour regagner une autonomie maximale. Autre possibilité pour faire le plein de votre Tesla : le réseau de recharge à destination, implanté dans des hôtels, restaurants et centre commerciaux, qui permet de faire le plein de votre auto tout en profitant de ces installations.

Zoom sur le système Autopilot

Même si je ne suis pas du genre à lâcher facilement le volant, impossible de ne pas vous finir cet essai sans aborder l’une des fonctionnalités phares de cette Model X : le système Autopilot. Bien que mon modèle d’essai ne disposait pas de l’option pilotage automatique amélioré (qui augmente le nombre de caméras scrutant la route, et qui augmente sensiblement la sensibilité de ses capteurs ultrasoniques), ce système s’est montré bluffant à l’usage, puisqu’il peut prendre le contrôle de l’auto lorsqu’elle détecte un marquage au sol de part et d’autre de sa voie de circulation. Même en courbe, l’auto reste parfaitement au centre de sa voie, et anticipe de manière probante les différents ralentissements. Même s’il est capable de conduire l’auto « tout seul » pendant de longs kilomètres, ce système est pensé (et vendu) comme une assistance à la conduite, et n’a pas vocation (en tout cas à l’heure et dans sa définition actuelle) à être un système de conduite autonome. Il faut donc que vous gardiez vos mains sur le volant, et surtout que vous restiez attentif en toutes circonstances.

La Model X côté finances

La gamme Model X débute à 91.550 Euros avec la version 75D (bonus écologique déduit). Plus disponible à la commande aujourd’hui, notre version 90D était affichée à 103.050 Euros, et même un peu plus de 132.000 Euros dans cette configuration, disposant de plusieurs options. Un tarif certes élitiste, mais qui paraît cohérent avec sa technologie et ses prestations de pointe.

Points positifs :

+ Performances : accélérations, reprises, puissance instantanée

+ Tenue de route bluffante : vire à plat, motricité exemplaire

+ Expérience à bord : pare-brise panoramique, espace disponible

+ Technologie (Autopilot, système d’info-divertissement, ouvrants motorisés…)

+ Impossible de passer inaperçu à son bord !

Points négatifs :

– Quelques ajustements carrosserie et plastiques à revoir

– Amortissement un peu ferme

– Tarif élitiste, options chères

Conclusion : Jouet pour (grands) enfants !

Avec sa Model X, Tesla réalise un véritable tour de force : malgré son impressionnant gabarit, elle se manie avec une facilité déconcertante, et offre des performances et une tenue de route de tout premier ordre. Quant à sa technologie embarquée, elle possède une sacré longueur d’avance sur ses concurrentes, et semble de nature à justifier ses prétentions tarifaires élevés. Certes un peu caricaturales, ses fameuses Falcon Doors possèdent une formidable qualité : leur propension incroyable à vous faire retomber en enfance, et à vous prendre pour Marty McFly. Et rien que pour ça, je ne suis pas prêt de l’oublier…

Merci à Quentin Boullier pour ses superbes photos, et pour le prêt de son Hoverboard plus vrai que nature ! 


 

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