24H de Daytona : Une course bousculée par la météo… et maîtrisée par la stratégie
Les 24 Heures de Daytona se sont achevées sur la victoire du pilote français Julien Andlauer, qui partageait le volant d’une Porsche 963 du team Penske Motorsport avec Felipe Nasr et Laurin Heinrich. Cette 62ème édition a été marquée par une longue neutralisation imposée par la météo.
Par Didier LAURENT
Alors que 23 États américains étaient placés en situation d’urgence météo ce dimanche, frappés par une vague de froid intense et des chutes de neige abondantes, la Floride a offert un tout autre visage. À Daytona, le thermomètre a dépassé les 20 °C chaque jour de la semaine, week-end compris, avec des températures nocturnes restant largement supérieures à 10 °C. Une anomalie pour la saison : habituellement en janvier, Daytona Beach flirte régulièrement avec 0°C la nuit, malgré un soleil souvent généreux en journée.
Une stratégie pneumatique à repenser
Première conséquence directe de ces conditions atypiques : une remise à plat des stratégies pneumatiques. « Nous ne savons pas encore si nous utiliserons les gommes Soft ou non », indiquait avant le départ Kevin Estre, pilote de la Porsche 963 #6 du team Penske Motorsport. « Nous verrons bien ce qui se passera durant la nuit, y compris en termes d’humidité sur la piste ».
Une fois la nuit tombée, le rythme ne faiblit pas. Les prototypes GTP évoluent régulièrement en 1’37, un tempo solide sur le tracé floridien. Passé en salle de presse en fin d’après-midi course, Kevin Estre affichait toujours une certaine sérénité. « On sauve du fuel et des pneus, le temps au tour est bon » confie le pilote français.
« Les nouveaux Michelin sont super bons, ils chauffent très vite et offrent ensuite des performances constantes. Il faut rester mobilisé car j’ai eu un petit contact avec des dommages minimes sur le côté droit, mais tout est ok. Honnêtement je ne pensais pas qu’on puisse contrôler la course de cette manière. »
La course dans le brouillard
Cette douceur inhabituelle a toutefois engendré un phénomène redouté, déjà observé la veille : un épais brouillard, favorisé par la proximité de l’océan. Aux alentours d’1h30 du matin, la direction de course n’a eu d’autre choix que de neutraliser l’épreuve, la visibilité étant devenue insuffisante pour garantir la sécurité des concurrents.
Ce qui devait être une interruption temporaire s’est finalement transformée en une neutralisation marathon de 6 h 33. Une éternité pour les spectateurs comme pour les équipes. « Franchement, c’était très ennuyeux », nous a confié Connor Zilisch, pilote de la Cadillac #31. « Évidemment, il n’y a pas d’autoradio, alors je me suis mis à chanter tout ce qui me passait par la tête. Je regardais souvent l’heure et, à chaque fois que je pensais que trente minutes s’étaient écoulées… il n’y en avait en réalité que cinq ou six. » Cette longue pause a totalement rebattu les cartes : les équipages retardés par des incidents ou des soucis techniques ont pu recoller au peloton. Peu après le lever du jour, vers 8 heures, c’est presque un nouveau départ qui est donné, avec les deux Porsche officielles aux avant-postes.
Le pneu, élément décisif
À Daytona, Michelin profitait de l’événement pour lancer une nouvelle génération de pneus slicks. Visuellement marquants, avec une bande de roulement ornée d’un motif s’effaçant avec l’usure, ces pneumatiques incarnent la nouvelle orientation du manufacturier vers un sport automobile plus durable.
Leur gomme intègre en effet 50 % de matériaux biosourcés et recyclés, un seuil inédit à ce niveau de compétition. Ces pneus équiperont également à partir de mars les Hypercars engagées en Championnat du monde d’Endurance. Pensés pour monter plus rapidement en température, ils devaient au minimum préserver les performances de la génération précédente.
Mission accomplie : depuis les essais du Roar, une semaine avant la course de Daytona, équipes et pilotes n’ont cessé d’en louer la constance et l’efficacité. Selon Michelin Motorsport, les données relevées ici ont permis de comprendre que les gomme Medium, majoritairement utilisées à Daytona, avaient mis de 5 à 8 secondes de moins que le pneu précédent pour atteindre leur bonne température. Un temps court dans l’absolu, mais très long quand on parle de sport automobile.
Une fin à l’américaine
Fidèle à la tradition de l’IMSA et du WeatherTech SportsCar Championship, tout a été fait pour maintenir le suspense jusqu’au bout. Spécialité locale, les neutralisations tardives visent souvent à resserrer le peloton en vue du « money time ». Une fois le jour levé, il faut alors être parfaitement placé pour jouer la victoire.
Le rythme s’intensifie nettement, avec des gains d’au moins une seconde au tour. À l’approche de la dernière heure de course, une hiérarchie semble s’établir : les deux Porsche occupent solidement les deux premières places, tandis que la lutte pour la 3ème position oppose une Cadillac, une Acura et une BMW. Quelque peu bousculée, la seconde Porsche perdra sa place au profit de la Cadillac #31 du team Whelen. C’est ainsi que s’est engagé un duel de très haute intensité au cours des trente dernières minutes, avec une Porsche qui a défendu fortement face aux attaques d’une Cadillac visiblement plus rapide en pointe.
A noter que c’est cette même Cadillac avait signé la pole position avant d’être reléguée en dernière position de la catégorie GTP à la suite d’une disqualification, conséquence d’une cale en bois trop usée sous le châssis, signe d’une garde au sol excessive. Mais dans ce mano a mano l’impact du trafic se révèle déterminant.
Porsche à encore brillé !
Felipe Nasr, au volant de la Porsche de tête, parvient ainsi à dépasser pas moins de 26 voitures en l’espace de deux tours, illustrant la complexité de l’exercice en conditions de course. Finalement, la logique sportive est respectée et Porsche s’impose pour la troisième fois consécutive aux 24 Heures de Daytona.
La deuxième marche du podium revient donc à la Cadillac #31 pilotée par Jake Aitken, Earl Bamber, Frederik Vesti et Connor Zilisch. La BMW M Hybrid V8 officielle (Sheldon Van Der Linde, Dries Vanthoor, Robin Frijns et René Rast), exploitée pour la première fois en IMSA par le team belge WRT, complète le podium. L’autre Porsche officielle, celle du Français Kevin Estre, termine au pied du podium, en quatrième position du classement général. À noter, enfin, la belle performance du pilote tricolore Tom Dillmann, deuxième de la catégorie LMP2 et onzième au classement général, aux côtés de ses trois coéquipiers.
La prochaine manche du WeatherTech SportsCar Championship se disputera le 21 mars à Sebring (Floride), avec la traditionnelle course de 12 heures, autre monument de l’endurance américaine.