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Interview de Jason Anzalone Directeur de Michelin Motorsport USA

L’américain Jason Anzalone a pris la succession du français Tony Ménard à la tête de Michelin Motorsport « North America » il y a bientôt deux ans. A l’occasion des 12 heures de Sebring, nous revenons avec lui sur son parcours et le business de Michelin autour du championnat IMSA, dont Bibendum est l’un des partenaires principaux.

Avez-vous toujours baigné dans le sport automobile ?

Dans le sport pas vraiment, mais dans l’automobile, oui. J’y suis arrivé par la technique, car mon premier job était mécanicien. Pendant une dizaine d’années j’ai officié pour plusieurs constructeurs exclusifs comme Ferrari ou Maserati. Mais j’étais aussi attiré pour le commerce, et j’ai eu la possibilité d’entrer chez Michelin Amérique du Nord au début des années 2010.  J’y ai occupé plusieurs postes à la direction des ventes, et notamment à la tête des Grands Comptes. Puis j’ai intégré la cellule « motorsport », avec pour objectif de continuer de développer le business au travers du sport automobile.

Justement, comment se porte le business du sport automobile aux Etats-Unis, et plus particulièrement pour Michelin ?

Je pense que nous sommes dans une bonne phase, avec un championnat IMSA qui n’a jamais accueilli autant de constructeurs (jusqu’à 19 selon les courses, Ndlr), alors que nous avons encore du potentiel. La période est porteuse, et on sent bien qu’après la crise sanitaire il a fallu un peu de temps pour que les choses reviennent à la normale, mais que l’envie était là. Aujourd’hui nous avons beaucoup de partenaires, les courses font le plein de spectateurs, tous les voyants sont au vert.

Depuis 2023, vous avez des nouvelles gammes de pneus pour l’IMSA. Quel est votre premier bilan alors que la seconde saison a commencé ?

Nous avons eu beaucoup de satisfactions avec cette nouvelle gamme de pneus, d’abord en GTP la saison dernière, mais aussi en GT3 cette année. Nous sommes en progrès permanent, et nous accompagnons toujours nos partenaires vers davantage de performance. Au cours des cinq dernières saisons Michelin Motorsport a contribué à établir 264 nouveaux records de tours en qualification et en course. Cette année, nous avons les mêmes gommes en IMSA et en WEC, et nos ingénieurs ont réussi à mettre au point des pneus qui sont à l’aise sur tous les types de circuit.

Plus de concurrents, plus de marques… Est-ce que cela est problématique pour vous d’un point de vue industriel ou marketing ?

Plus nous avons de partenaires et mieux c’est. Le fait de pouvoir démontrer les performances de nos pneus est bon pour notre image auprès du grand public mais aussi pour notre business avec nos clients BtoB. Par ailleurs, les constructeurs automobiles à qui nous fournissons nos pneus de course sont aussi ceux avec qui nous pouvons travailler en première monte pour leurs véhicules de série. La course est de nature à rapprocher les marques, et c’est une très bonne chose.

De quelle manière accompagnez-vous vos partenaires sur le terrain ?

Tout le monde travaille en bonne intelligence. Nous avons des équipes d’ingénieurs qui conçoivent des pneus de haut niveau, des équipes de production qui confectionnent nos gammes Endurance avec une grande rigueur (tous les pneus destinés au WEC ou à l’IMSA sont produits dans la même usine française, à Clermont-Ferrand, Ndlr), puis des techniciens qui sont sur le terrain pour conseiller nos partenaires sur l’usage de nos gommes. Bien sûr, chaque pilote reste souverain dans ses choix, mais nous sommes là pour aider à une meilleure compréhension de nos pneumatiques. Entre les différentes gommes, les pressions, les températures dans l’air et au sol et le fait que nous n’utilisons pas d’armoire de chauffe pour les bandes de roulement, il y a beaucoup de paramètres à considérer au moment de prendre en piste.  C’est d’ailleurs pour cela que nous avons un technicien dédié à chaque écurie.

Est-ce que l’IMSA est le championnat le plus important pour Michelin Motorsport North America ?

Oui, et de loin. Nous équipons toutes les catégories, qu’il s’agisse des prototypes GTP, des LMP2 ou des GT3. Avec les courses support cela peut représenter jusqu’à 160 voitures. C’est beaucoup de pneus mais en même temps nous avons réussi à réduire le nombre de pneus autorisés en course tout en maintenant le même niveau de performances. Les pilotes peuvent doubler les relais sans appréhension, et attaquer de la même manière du premier au dernier kilomètre.

Comme le sport automobile semble porteur, projetez-vous d’investir des séries très populaires comme la NASCAR ou l’Indycar ?

Nous regardons toujours ce qui passe autour de nous et nous guettons les opportunités. Mais la question de fond est : qu’est-ce que telle ou telle série apportera à Michelin, au-delà d’une forte médiatisation ? Nous produisons des pneus à fort contenu technologique, et aujourd’hui une série comme l’IMSA (qui appartient à la NASCAR, Ndlr) porte très bien nos valeurs.

Certaines des voitures engagées en IMSA seront aux 24 heures du Mans en juin.
Comment percevez-vous cet événement depuis les Etats-Unis ?

Pour nous c’est forcément une course lointaine, mais nous savons que c’est un grand événement, qui est bien sûr très important pour Michelin Motorsport. C’est aussi la course d’Endurance la plus ancienne au monde, juste devant les 12 Heures de Sebring. Comme toutes les épreuves majeures que nous avons ici, les 24 H de Daytona, Sebring, Watkins Glen ou Petit Le Mans, les 24 Heures du Mans représentent un formidable outil de promotion pour les sports mécaniques, avec beaucoup de monde autour du circuit. Tout ce que nous aimons ici.

Interview réalisé par Didier Laurent/Auto Press Club