Mon Royaume pour un Cactus

Présenté au dernier trimestre de l’année dernière, le C4 Cactus deuxième du nom fait son entrée. Quatre mois plus tard, c’est à notre tour de passer derrière son volant, afin de vérifier si les promesses du nouveau Cactus ainsi que son positionnement à-priori bancal réussiront à se marier dans la meilleure alchimie. En effet, pas simple de remplacer deux modèles aussi antagonistes que pouvaient l’être l’anonyme et trop germanique C4, et l’innovant et osé C4 Cactus, qui n’a eu de cesse de déchirer les observateurs d’automobiles modernes.

Entre ombre et lumière, levons le voile sur la nouvelle mouture du C4 Cactus

J’espère que vous me pardonnerez, mais je vais initier cet essai de manière très personnelle. Vous comprendrez mieux avec quelle appréhension et excitation je me suis rendu dans le Sud de la France pour découvrir la « nouvelle berline Citroën ».

Appréhension de l’essai : Du LHM dans les veines…

Pas de doute, cet article est un des plus difficiles que j’ai dû écrire. Tiraillé entre mes désirs personnels et les attentes modernes, il a fallu que je prenne du recul avant de coucher mes impressions sur le papier. Pourquoi donc ? En réalité, je peux dire que je suis un pur produit des chevrons. Depuis mon plus jeune âge, je suis au volant d’une Citroën. J’en ai atteint l’apogée il y a de cela trois petites années. A cette époque, j’ai décidé de dérouler ma vie de jeune cadre dynamique en passant aux berlines Citroën à suspensions hydrauliques.

Collectionnant certaines Citroën populaires des années 1990, je peux me targuer aujourd’hui d’avaler 50.000kms par an en toute souplesse. Mon mal de dos chronique lorsque je mets à l’épreuve le confort des automobiles modernes n’est pas donc pas étonnant. D’autant plus qu’à l’heure actuelle, pour trouver un système de suspensions procurant les mêmes sensations que l’hydraulique, il faut se tourner vers les marques premium d’Outre-Rhin. Pas la peine d’insister sur le fait que, pour le coup, l’aspect populaire du budget en prend un sérieux coup…

C’est alors que ma marque de cœur, avec laquelle j’ai pris mes distances depuis une dizaine d’années, harangue la foule avec un mot en bouche : « Comfort is the new cool ! ». Hallelujah ! Le cataclysme dans mon esprit ! Après le renouveau et le succès de la marque DS surfant sur la gloire passée de Citroën, le Cactus deuxième du nom serait-il capable d’effacer dix années mitigées dues à la promesse d’une créativité technologique trop ambitieuse ?

Positionnement : La nouvelle berline Citroën est un Cactus, et je me pique de le savoir !

Après avoir cédé au chant des sirènes du confort à l’allemande avec la première génération de C4, Citroën souhaiterait-elle reconquérir sa clientèle historique ? Après avoir abandonné définitivement la suspension hydropneumatique au 61ème anniversaire d’un système ayant révolutionné autant la marque que l’automobile en général, Citroën aurait-elle pris le pari de réduire les coûts grâce à un amortissement mécanique offrant un confort exemplaire ? Entre contraintes économiques irrévocables et choix stratégiques aux apparences contradictoires, le C4 Cactus s’annonce comme un modèle à la croisée des chemins.

C4 Cactus II : une berline qui cherche sa voie

Citroën : Un groupe industriel tourmenté en recherche d’une stratégie originale

Cela fait 3 années que l’entreprise est en pleine refonte de sa stratégie commerciale. Après une rupture franche au début du nouveau millénaire, Citroën nous promettait une vision orientée vers une révolution technologique. Autant dire que la marque a été dépassée par ses ambitions, l’évolution effrénée de la concurrence ainsi que la détérioration de sa santé économique. C’est dans les moments de doute que le naturel revient au galop. Citroën décide alors de se recentrer sur ses fondamentaux : être à l’écoute, et prendre soin de sa clientèle.

Le C4 Cactus comme l’éclaireur de la nouvelle stratégie Citroën ?

Forcément, ce tour de main pour remettre la marque sur les rails d’une nouvelle identité propre se ressent sur les produits proposés. Comme le dit le nouveau slogan « Inspired By You », les nouvelles Citroën veulent renouer avec le confort qui fait partie de l’ADN de la marque. Partant de ce postulat, les nouvelles chevronnées n’omettent pas que les attentes en matière de confort ont évolué. En l’occurrence, ce désir de devenir la référence du bien-être à bord devient synonyme d’une signature visuelle résolument originale.

Evolutions esthétiques : Un Citron au goût acidulé

Trêve de bavardages, taillons dans le vif. Ce nouveau Cactus arbore plusieurs nouveautés stylistiques, majoritairement extérieures, qui attirent notre attention.

Finis les questionnements philosophiques, sortons le Cactus de la pénombre

En emboîtant le pas de la première génération du Cactus, la nouvelle gamme Citroën se dévoile au fil des mois sous des traits toujours plus originaux. De ce fait, le nouveau Cactus transcrit les attentions que lui voue la marque : devenir la nouvelle berline Citroën, tout en se différenciant des berlines actuelles, beaucoup trop classiques.

Style extérieur : Docteur C4, Mister Cactus

Funambule automobile, notre C4 Cactus marche toujours sur la corde raide. Dans sa main gauche, le poids de l’audace stylistique. Dans sa main droite, celui du sérieux. Une montée en gamme couplée à une meilleure polyvalence ont guidé le crayon des designers.

Regard perçant, le Cactus en devient statutaire.

Au premier abord, on sent que Citroën s’est relevé les manches. Plus qu’une simple greffe du visage provenant du petit frère C3 Aircross, le nouveau Cactus a été très travaillé sur le visuel d’attaque.

Etonnement, un sentiment de véhicule racé et dynamique se dégage de ce Cactus

L’avant est bien chargé en détails : doubles optiques comme signature visuelle, calandre à double étage, chevrons élargis autour des feux diurnes, feux de brouillard à cerclages colorés, ouïes latérales factices.

Avec cette calandre élargie, les chromes couvrent de nouvelles surfaces

Sentiment ambivalent, je suis à la fois conquis et dans le regret. L’avant conserve cette originalité de la première version, mais perd cet aspect lisse qui lui allait si bien. Par ailleurs, le sérieux apporté aux détails fait que ce Cactus inspire confiance : robustesse et dynamisme semblent être de la partie !

Les teintes permettent de dissimuler ou de révéler certains détails

Cela se retrouve sur les flancs. Ils s’affichent plus dynamiques, avec un galbe à la fois plus marqué, mais en même temps assagi, avec l’extrême réduction des Airbumps. A ce sujet, chacun aura son avis, je regrette pour ma part qu’on ne laisse pas le choix au client de la présence ou non de ces artifices qui ont fait le succès du prédécesseur. A défaut, le Cactus conserve ses protections latérales au niveau des passages de roues. La question à laquelle je ne sais pas répondre est : ce déguisement de baroudeur moderne est-il raccord avec un statut de berline ?

Dernier point à noter, la disparition des barres de toit, qui a une importance majeure dans le rendu : le nouveau Cactus fait 3 cm de plus en hauteur, mais semble pourtant « claqué au sol » !

L’arrière dépouillé laisse par contre un sentiment plus vide que sur la première version

Le ¾ arrière ne change guère. Comme pour le reste de l’auto, la perte des airbumps apporte une poupe plus lacunaire. Cette sensation est renforcée par l’affinement des feux arrières LED à effet 3D. Restant flottants sous un large bandeau de carrosserie, ils semblent placés où ils peuvent. Là où les feux étaient soutenus par l’Airbump arrière sur l’ancienne génération.

Le Cactus s’embourgeoise et gagne en sérieux grâce à certains détails

Cependant, l’ajout d’ouïes, d’un becquet filant ainsi qu’un bandeau en partie basse de bouclier finissent l’aspect dynamique du Cactus.

Le Cactus est aussi appréciable du dessus avec son toit panoramique au design original

Du reste, le choix du coloris vous rendra seul juge du caractère de votre monture : de quel côté ferez-vous pencher la balance ? Dites-moi de quelle teinte est votre Cactus, je vous dirai qui vous êtes ! Si c’est la raison qui vous guide, vos désirs d’élégance et de prestance seront assouvis par les robes grises, blanches et noires. Si c’est votre cœur qui parle, un Cactus arborant une belle teinte Rouge Aden, Deep Purple ou Emerald Blue saura traduire la fougue et l’effervescence qui vous définit. Enfin, quelques touches colorées peuvent être incorporées grâce aux inserts de feux de brouillard ou dans les Airbumps latéraux. Par contre, cette mode de la personnalisation n’est pas sans contrepartie. Exemple : pour vous balader en Cactus Blanc Perlé Nacré avec inserts rouges, il faudra vous munir d’une bourse supplémentaire de quasiment 800 €.

Avoir une voiture unique demande certaines concessions financières

Prestations intérieures : toujours sur la même longueur d’ondes

Autant l’extérieur m’a permis de développer de longues tirades, autant l’intérieur ne va pas me rendre très bavard. En effet, la partie haute de la planche de bord n’a pas bougé d’un iota. Je peux concevoir que l’on se complaise dans l’immobilisme, mais ici cela relève d’un art !

Pas de réelle innovation à noter à la place du conducteur

Installé derrière le volant, j’ai retrouvé les éléments que j’avais déjà aperçu sur la précédente génération. Cependant, quelques micro-changements apparaissent, qui se remarquent surtout à l’allumage du moteur.

Nouveau C4 Cactus ou le jeu des 7 différences

Premièrement, le compteur minimaliste conserve les mêmes dimensions. Par contre, une fois mis en marche, il s’égaie de nouvelles fonctionnalités, comme l’affichage des panneaux de limitation de vitesse.

Malgré le design du combiné modernisé, je regrette toujours l’absence du compte-tour

Ensuite, l’écran tactile central reste visuellement le même, mais devient capacitif, afin de gagner en rapidité d’exécution. De même que pour le combiné, le style de l’affichage est épuré, plus agréable, plus lisibile.

Cette tablette tactile est à jour niveau connectivité, le Cactus est à la page

Pour le reste de l’habitacle, la constance est le maître mot. Même si les contre-portes restent inchangées, on apprécie que Citroën conserve certaines touches d’originalité. Par exemple, les poignées de portières façon hanse de sac restent un signe distinctif. Par contre, on s’interroge une nouvelle fois. Ce Cactus a-t-il vraiment toutes les armes en main face à la concurrence ? Présenté comme concurrent direct d’une Renault Megane ou d’une Volkswagen Golf, il est difficile de ne pas voir d’un œil fébrile la qualité de l’environnement. A part un bandeau en plastique moussé sur la planche de bord, le reste des plastiques est fragile et sonne de manière peu flatteuse. Le nouveau trio insert laqué, pommeau et levier de frein à main gainés de cuir sera une maigre contrepartie.

Même si l’effort est à relever, ce ne sont pas ces quelques détails qui affirment une réelle montée en gamme

De même, l’habitabilité à l’arrière ne fera pas de ce Cactus une référence en la matière. Mon mètre 85 trouve difficilement sa place, autant aux genoux qu’au crâne sur la banquette arrière. Les fenêtres à compas n’ont pas évolué, elles sont dépassées sur une berline moderne. Enfin, le coffre légèrement inférieur à la moyenne accuse un seuil de chargement assez haut, ainsi qu’une faible largeur d’accès. L’aspect familial n’est pas à prôner haut pour le Cactus.

Vous l’aurez compris, même si je suis exigent, il y a de tout dans le style de ce Cactus. Ce premier bilan subjectif étant dressé, passons à la partie la plus intéressante ! Sortons le Cactus de son pot, et allons l’étrenner sur les routes exigeantes des cols du Parc du Luberon. Déraciné, le Cactus saura-t-il tirer son épingle du jeu, ou va-t-il se retrouver avec une sérieuse épine dans le pied ?

Confort automobile : Citroën est mort, vive Citroën !

Avec ce titre, j’attaque très fort l’analyse du comportement routier du C4 Cactus. Toujours à cheval entre deux concepts, le « confort dynamique » du Cactus a encore mis à mal ma capacité de discernement !

C’est le temps de l’affirmation : découverte du caractère routier du Cactus

Toute cette partie de l’essai de roulage va essentiellement tourner autour d’un seul et même acronyme : le Citroën Advanced Comfort. Ce nouveau programme n’a qu’un seul objectif, que Citroën détienne le monopole d’icône du confort. Après trois années de travail, le Cactus permet d’inaugurer les premiers éléments de cette nouvelle stratégie.

Sièges Citroën Advanced Comfort :  LA très bonne surprise !

Bien décidé à en découdre, j’ouvre la portière conducteur. Alors que je m’apprête à poser mon postérieur affûté dans le cockpit, pour un premier instant de pur plaisir. Plaisir d’autant plus décuplé qu’il s’agit d’une surprise à laquelle je ne m’attendais pas !

Cette sellerie tissu et cuir baptisée Hype Red respire le calme et la volupté

Je disais donc. Lors de l’installation, une sensation de plénitude vous envahit. L’assise se fait en deux temps. Première phase, contact avec la sellerie, dont Citroën a bien travaillé le rendu. De fines parties en cuir de bonne qualité disposées aux endroits où elles ne seront pas exposées à l’usure. Une large surface en tissu au toucher souple et doux d’un blanc respirant la sérénité. Un visuel cossu par l’ajout d’un style matelassé autant sur l’assise que le dossier. Quelle entrée en matière !

La clarté de l’habitacle est appuyée par le large toit panoramique

Seconde phase de l’assise, le travail des matières. Ces sièges sont littéralement vivants. Ils s’adaptent à la morphologie de chacun dans le meilleur des conforts. Cela s’explique par le matelassage qui n’a pas qu’un intérêt visuel. Effectivement, cette physionomie de la sellerie est due à l’utilisation dans le cadre du programme Citroën Advanced Comfort de mousse dans des proportions sortant des codes de l’automobile de série.

La mousse d’accueil recouvrant la structure du siège a des caractéristiques hors normes. Mousse haute densité, à mémoire de forme, d’une épaisseur de 15mm. Forcément, la gravité est appréhendée avec moins de brutalité. Une fois assis, on se sent « descendre » au creux du siège. Alors que la mousse vous enveloppe parfaitement, la structure du siège propose un maintien vraiment appréciable. Dotés de 4 réglages, relevés sous les genoux, concaves à la jonction avec le dossier, ces sièges donnent l’impression d’être réellement porté.

Au final, ces sièges sont vraiment la perle de ce nouveau C4 Cactus. Mais comme un bijou n’est jamais donné, parlons encore du sujet qui fâche. Pour s’offrir la première des avancées du Citroën Advanced Comfort sur la livrée Hype Red, vous devrez vous acquitter de la somme de 1.250 €. Même si ce n’est pas une paille – à défaut de vous y laisser dessus – je pense personnellement que cet investissement vaut l’effort financier requis.

Suspensions Citroën Advanced Comfort :  le transfert de l’exigence de la compétition à celle du client

Passons dès à présent au cœur névralgique d’une Citroën confortable : la suspension. Autant dire que les efforts des chevrons ont été démesurés à ce sujet. C’est donc le C4 Cactus nouvelle génération qui inaugure les fameuses suspensions à butées hydrauliques progressives. Attardons-nous quelques instants sur ce système.

Notre meilleure arme pour tester la suspension : la bouteille d’eau sur la planche de bord

Pour commencer, je vais retranscrire en quelques sortes le cahier des charges de ces suspensions. Toujours inscrit dans cette politique orientée client, Citroën entend renouer avec la gloire passée des tapis volants chevronnés. S’adressant alors aux « Citroënnistes » de la première heure, les butées hydrauliques progressives veulent jouer sur deux tableaux. Premièrement le maintien de la caisse à haute vitesse. Deuxièmement gommer les irrégularités de la chaussée à basse vitesse. Technologie éprouvée de longue date en compétition depuis la sauterelle rouge qu’était ZX Rallye Raid, ce système conjugue deux amortissements. Le but est d’obtenir un meilleur débattement afin d’absorber les différents chocs. Cette dernière précision explique d’ailleurs pourquoi notre Cactus semble encore assez haut perché pour une berline.

Alors que la ligne gagne en dynamisme, les suspensions imposent un espace dans les passages de roues conséquent

L’amortisseur est composé d’un dispositif conventionnel qui travaille avec les reliefs habituels de la route, et de deux micro-amortisseurs à ses extrémités qui se répartissent les tâches entre compression et détente. Le second couple d’amortisseur est celui qui nous intéresse aujourd’hui. Ils fonctionnent en bout de course de l’amortisseur conventionnel.

Pour faire rapide, abordons la sollicitation à la compression sur une bosse très abrupte. Là où n’importe quelle auto rendrait cette sensation de violent impact – puisque la tige du vérin n’est pas amortie en bout de cours – le Cactus dispose d’un vérin supplémentaire à rigidité progressive pour amortir le coup de bélier. En effet, plus la tige de la butée hydraulique descend, plus elle obstrue les orifices d’échappement de l’huile. Donc, tout au long de la course de cette butée, la quantité d’huile qu’elle peut évacuer se réduit. Cela a pour effet de rigidifier progressivement l’amortissement en bout de course.

De manière antagoniste, prenons le cas d’un nid de poule bien mûr au milieu de l’asphalte. Le phénomène sera similaire. Au lieu de freiner progressivement la remontée de la roue en bout de course, elle va ralentir la détente du ressort d’amortisseur conventionnel. Ce dernier cherche physiquement à coller le plus rapidement possible la roue au sol, ce qui peut causer un claquement tout aussi prononcé lorsque le vérin d’amortisseur est déployé à sa course maximale.

Butées hydrauliques progressives :  une surprise en demi-teinte

Maintenant que le concept est éclairci, passons au ressenti réel. Plusieurs typologies de routes se sont offertes à nous. Chaque type à ses caractéristiques propres. Etonnement, la suspension du C4 Cactus offre plusieurs visages, qui satisfont autant qu’ils perturbent. Explication.

Bosses, trous, prises d’appui excessives : cette suspension a été passée au crible par les essayeurs

Pour débuter notre périple, direction sur la belle route. Sur cette typologie de voie, rien à dire. On se voit bien avaler les kilomètres, d’autant plus que le confort est augmenté par les sièges optionnels. Chaque mouvement de route, bosse simple ou vague longue, est absorbé par la suspension. Pas un mouvement de caisse plus haut que l’autre, je pars avec un bon a-priori. Tout cela laisse présager de bonnes qualités routières.

A cette occasion, on découvre les améliorations apportées à l’insonorisation. Les vitrages gagnent en épaisseur, et les joints de portes sont retravaillés. Le résultat est assez bluffant. Aucun bruit ne vient perturber la plénitude qui règne à bord. Pas de bruit de vent, présence sonore du moteur seulement à forte charge, et même pas de rossignol, malgré mon appréhension.

Souple et confortable, les kilomètres défilent sans difficulté sur les belles portions goudronnées

Prochaine étape, passage en ville. Parfait terrain de jeu pour mettre à l’épreuve les butées hydrauliques progressives, tout du moins en compression. En effet, la prolifération des ralentisseurs couplés aux routes pavées de la Provence permettent de mieux comprendre le travail de la suspension.

Les pavés ne posent aucun souci au Cactus. Bouteille d’eau sur le tableau de bord, on s’amuse à voir vibrer la surface du liquide sans jamais la faire osciller. Autant le travail de la suspension est légèrement audible, autant on reste droit dans ces bottes derrière le volant. A noter également l’extrême agilité du Cactus dans les recoins urbains. Ceci s’explique par une direction électrique à résistance variable, mais également grâce à sa compacité. Le Cactus se vente d’une quinzaine de centimètres en moins que les reines du segment.

Puis arrive le moment de passer le premier dos d’âne. C’est là que la nostalgie de l’huile verte est apparue. En effet, ce type d’obstacle est abordé par les énergumènes dans mon genre sans retenue ni considération, trop habitué à ce que la suspension accomplisse sa magie. Vous l’aurez compris, le passage fut assez rugueux. Après de multiples essais, le profil de la suspension se dessine, et finalement colle assez bien avec la logique de son application mécanique. L’attaque d’une bosse proéminente est donc similaire à une suspension conventionnelle. Le C4 Cactus comprime ses amortisseurs assez sèchement, en vous économisant d’un désagréable soubresaut, puis se détend souplement. Voilà le premier ressenti d’une suspension au confort dynamique.

Arrivé dans les routes sinueuses des cols, mes doutes se confirment. Difficile d’exprimer ses sensations. Tout d’abord, en ligne droite on découvre les limites de la suspension lorsque la route est accidentée. Pour résumé, si on lui donne à lisser une bosse après l’autre, elle travaille sans problème. Par contre, si les irrégularités du goudron se multiplient, si elles se jettent sous chacune des roues de manière désynchronisées, le Cactus commence à sérieusement accuser le coup. Le reproche que je pourrais lui faire c’est d’avoir la fâcheuse tendance aux rebonds inopinés : le caractère de tapis volant en prend un coup… Par contre, une nouvelle fois, la direction fait des merveilles, en arrondissant les angles dans son rendu de la route.

Un tangage limité pour une suspension typée confort

Pour ce qui est du passage en courbe, le Cactus me fait oublier mes vieux tromblons hydrauliques. Le dynamisme, il le revendique, et le délivre dans cette partie de la route. Raffermi, il offre de parfaites sensations dans les virages. Exit l’effet bateau ivre du siècle passé. Même si d’extérieur il assume une prise d’angle, derrière le cerceau il n’en est rien. L’adhérence m’a vraiment surpris, le châssis vire à plat et ne trahit jamais son conducteur. Je finirai par un bémol résonnant avec les précédentes observations. Cette impression de voiture rebondissante se retrouve en virage. Une bosse mal placée et la suspension donne l’impression au conducteur de sautiller vers l’extérieur du virage, ce qui est dommage aux vues des prestations de la plateforme.

Motorisations : quand Citroën fait mentir les vieilles habitudes

Je vous rassure, je suis conscient que mon essai est tout à fait subjectif. Essayant de retrouver le confort éprouvé sur les anciens modèles de la marque, j’aurai presque délibérément éclipsé l’organe principal : le groupe moto-propulseur. En effet, toujours prompt à surprendre, Citroën m’a comblé là où je ne m’y attendais pas. Bien trop conservateur que je suis, une Citroën populaire c’est une voiture avec un moteur raisonnable, pas de quoi décoiffer un chauve. Bien mal m’en a pris…

Quand Citroën provoque le destin grâce à de nouvelles qualités

Factuellement, nous étaient proposées deux motorisations essence. La première, le PureTech 110 accouplé à la boite automatique EAT6 à six rapports. La seconde, le PureTech 130 disposant d’une boite manuelle BMV6. Ces deux solutions avancent chacune des avantages en fonction des environnements dans lesquelles elles évoluent.

Choix dans la mouvance actuelle, Citroën propose cette nouvelle berline avec une forte prépondérance au sans plomb. Les surprises s’enchaînent une fois le Cactus sur la route. Le plus petit des blocs est une bonne alternative pour les citadins qui souhaitent sortir en campagne le wekeend. Coupleux à bas régime, les 110 chevaux se montrent assez ronds. Ils ne rechignent pas quand il faut passer au galop sur voies rapides. L’agrément est convenable pour un moteur finalement assez peu puissant au regard des mouvances actuelles.

Cela s’explique par le poids contenu du Cactus, détail qui donne le sourire aux passionnés comme moi. En effet, dans ce glissement vers des automobiles prenant à chaque génération un sérieux embonpoint, Citroën conserve ce Cactus sur le fil de la tonne : un véritable exploit ! C’est donc en tout agilité que ce Cactus des villes se déplace, se targuant d’une consommation mixte autour des 6 L/100 km (même après notre passage dans les cols en fin de parcours). Peu rallié à la cause des automatiques, je dois admettre que cette EAT6 est une réussite. Réactive, limitant le patinage, elle sait s’adapter à son environnement, que ce soit le conducteur, ou le trafic. En mode Drive ou en séquentiel par l’intermédiaire de l’élégant pommeau, la boîte de vitesse vous obéit au doigt et à l’œil, sans latence aucune.

Il va en avoir des atouts ce Cactus pour son arrivée en concession

De même le plus généreux de la famille PureTech surprend par sa vitalité. Courant fièrement sur leurs trois pattes, les 130 équidés atteignent les 100 km/h en à peine 9 secondes. Et diantre, que c’est appréciable ! C’est avec une facilité impressionnante que le Cactus saute de dépassement en dépassement sur les petites départementales. L’étagement de la boite, ni trop long ni trop court permet de conserver un intérieur calme. Le moteur se permet tout de même une sonorité rauque grisante lorsque l’on titille la montée en régime !

Mais, mes réflexes du quotidien me rappellent rapidement à l’ordre. J’en viens rapidement à raisonner ma conduite pour observer si ce guilleret PureTech 130 chevaux est plutôt glouton ou économe. Lors d’un parcours à mi-temps sur autoroute à rythme soutenu, ce moteur affiche à son arrivée la moyenne intéressante de 6.2 L/100km. Impressionnant de dynamisme, ce bloc s’inscrit par le fait dans une réalité économique actuelle de manière pragmatique.

Conclusion : le concept du Cactus loin de s’assécher

Arrivé au terme de cet essai, la tête est lourde. Que retenir finalement ? Compliquée est la tâche qui m’incombe… Je noterai sobrement qu’à trop vouloir souffler le chaud et le froid, les réelles intentions de ce C4 Cactus sont difficiles à appréhender. Tout est une question de point de vue. Descendu de la voiture, la veste du Citroënniste laissée au vestiaire, je dois avouer que cette voiture regorge de qualités.

Si on ne regarde pas autour de lui, le Cactus réussit son pari. L’alliance de la suspension aux sièges du programme Citroën Advanced Comfort lui octroie la palme du confort sur le segment C. Même si je n’y ai pas trouvé ce que je cherchais, le Cactus a su me donner le sourire. On peut lui admettre que le choix de l’originalité est un bon parti pris vu la clientèle familiale visée. A de nombreux égards, il se différencie des berlines actuelles que l’on peut rapidement décrire comme toutes semblables, fades et sans identité. Pour le coup, le Cactus est unique en son genre, autant par la vue que par la conduite. Finalement, ce n’est pas là que voulait en arriver Citroën ?

A semer le doute dans les esprits, on arrive à se demander si les critiques ne font pas la force de ce Cactus

Avec des prix contenus sous les 24.000 €, les trois finitions proposées n’ont finalement de sens qu’au travers des options proposées. Chaque voiture ressemblera à son propriétaire. Être à l’écoute de sa clientèle n’aura jamais été autant concret que dans cette philosophie. A n’en pas douter, ce C4 Cactus trouvera sa clientèle en concession.

Les vendeurs étaient déjà dans les starting-blocks lors de mon passage

Reste à savoir si ce rôle de berline par intérim ne lui attirera pas trop de critiques, d’ici 2021, et l’arrivée de la nouvelle berline C4. Une chose est sûre, loin de s’assagir dans les esprits, ce nouveau Cactus a finalement hérité du principal legs de son prédécesseur : la faculté de ne mettre personne d’accord

Points positifs :

  • Prix contenu face à la concurrence
  • Design affirmé et dynamisé
  • Moteurs francs et économes
  • Sellerie hors normes

Point négatifs :

  • Positionnement bancal
  • Finition intérieure peu convaincante
  • Infotainment vide
  • Suspensions pas à la hauteur de mes attentes

Remerciements particuliers à Monsieur Pin de chez LC Autos à La Tour d’Aigues pour m’avoir autorisé à utiliser sa façade pour mes clichés