MERCEDES 450SEL 6.9 : Panzer pour file de gauche !

On ne présente plus la firme à l’étoile, connue et réputée dans le monde entier pour la qualité et le prestige des autos qu’elle fabrique.

Fin 1966 il est décidé de trouver une remplaçante à la série W108 présentée l’année précédente.

Le temps ne presse pas puisque la commercialisation de la future « Grosse Mercedes » n’est programmée que pour le début des années 70.

Le constructeur aura donc le temps de peaufiner son produit pour l’amener à la limite de la perfection technique du moment, en particulier au niveau de la sécurité, nouveau cheval de bataille de Mercedes.

La nouvelle venue, codée en interne W116, est présentée au Salon de Paris en septembre 1972.

C’est la première « Sonderklasse » officielle ou « Classe Supérieure » en Français, à entendre dans le sens « haut de gamme ».

Et effectivement la voiture va dénoter par rapport aux productions de la firme et même de la concurrence avec sa sécurité passive très avancée (Zones de déformation progressives avant et arrière, colonne de direction rétractable, réservoir de carburant au-dessus de l’essieu arrière et non plus sous le coffre etc etc…).


La gamme se compose au départ de plusieurs versions :

280S : 6 cylindres en ligne de 2,8 litres à carburateur de 160cv
280SE : Idem avec injection de 185cv
350SE : V8 injection de 3,5 litres développant 205cv
450SE : Idem avec 225cv sous le capot.

Toutes les versions à injection sont disponibles en « SEL » avec empattement allongé de 10cm bénéficiant aux passagers arrières.

Vous aurez compris que les chiffres se rapportent à la cylindrée de l’auto, mais pourquoi « S », « SE » ou « SEL » ?

Simple…

« S » pour Sonderklasse
« E » pour Einspriztung (injection)
« L » pour Lang (longue)

Donc SEL = Classe S à injection et empattement long.

Rapidement et malgré le premier choc pétrolier de 1973 la voiture s’impose sur tous les marchés comme LA référence en matière d’automobile de luxe, au point que la 450SEL est sacrée « Voiture de l’année 1974 ».

Mercedes rêve désormais d’aller tutoyer Rolls-Royce (il le fait déjà avec la limousine 600depuis 1963, mais cette dernière tient plus de la voiture d’apparat qu’autre chose…) et d’aller carrément marcher sur ses plates-bandes !

Cette « Super Classe S » devra être dotée du V8 M100-985 porté à 6,9 litres et capable de tutoyer les 300cv !

Afin de parachever l’oeuvre la marque décide de l’équiper d’une suspension hydropneumatique à correcteur d’assiette inspirée de celle que le constructeur FrançaisCitroën à mise au point au milieu des années 50 pour sa DS.


Initialement prévue pour être lancée au premier trimestre 1974 cette version de grande remise a été retardée de 18 mois pour cause de crise internationale et pointe le bout de sa calandre en mai 1975 : La 450SEL 6.9 est née.


Elle aurait du prendre la patronyme de 690SEL pour rester dans la logique de la firme, mais il fut décidé de rester discret vis à vis de la clientèle et un simple logo « 6.9 » à droite de la porte de malle désignera cette fabuleuse auto.


Moteur V8 de 6 834cm3 développant 286cv Din à 4 250Trs, couple de 56mkg à 3 000Trs.

C’est le plus gros moteur proposé par un constructeur européen depuis l’après-guerre.

Ce bloc possède une culasse en alliage léger, des poussoirs hydrauliques pour le rattrapage du jeu aux soupapes, une injection mécanique Bosch type K-Jetronic et un système d’allumage électronique.

La lubrification se fait par carter sec, ce dernier étant logé dans l’aile avant-droite faute de place sous le capot (le moteur contient 12 litres d’huile et le circuit de refroidissement 15 litres !).

La transmission est automatique à 3 rapports, la puissance est transmise aux roues chaussées en 275/70VR14 via un différentiel à glissement limité.


La 6.9 est capable de 225km/h en pointe malgré ses deux tonnes sur la balance.

Elle passe de 0 à 100km/h en 7,4 secondes, de 80 à 120 en 4,7 secondes et abat le 1000m départ arrêté en 29,2 secondes.
Ne cherchez pas ce sont des temps de Porsche 911 contemporaine !

Il faut s’arrêter ? Quatre freins à disques sont présents, ils sont même ventilés à l’avant.

La suspension sur coussins d’huile avec dispositif anti-plongée et anti-cabrage ? Royale !
Et en plus il est possible de faire varier la hauteur de caisse de 5cm en cas de circulation sur mauvaises routes.

Mais pour en être l’heureux possesseur ce n’était pas gratuit, loin de la !

A son lancement la 6.9 est proposée dans l’hexagone contre un chèque de 185 000Frs. A cette époque une telle somme était largement suffisante pour s’acheter un bel appartement, voire même une maison suivant les endroits.

Et en plus il fallait faire avec une consommation moyenne de 16 litres aux 100 (pas énorme en fin de compte compte-tenu de la puissance et de la cylindrée de la bestiole) et une vignette annuelle de 39cv fiscaux…


Et tordons le cou une bonne fois pour toute à une idée reçue trop souvent lue sur le web : NON ! Une 6.9 n’était pas du tout sous-équipée, du moins pas en France.

Il est exact que les autos vendues en Allemagne étaient dans la logique Mercedes de l’époque : Un prix de base et un équipement à la carte en fonction des envies du client, ce qui donne une 6.9 uniquement vendue avec compte-tours et intérieur en velours.

Mais pour la France les choses étaient différentes puisque toutes les 6.9 vendues ici étaient équipées en série de :

-Vitres teintées électriques à toutes les places
-Deux rétroviseurs extérieurs à réglages manuels
-Essuie et lave-phares
-Jantes en alliage (jantes en acier avec enjoliveurs disponibles avec minoration du prix de vente)
-Intérieur en velours fin (cuir sur demande en « option gratuite » )
-Boiseries sur la planche de bord
-Climatisation manuelle
-Régulateur de vitesse Tempomat
-Autoradio Becker Monza PO-GO-FM K7
-Quatre appuie-têtes
-Store de lunette arrière
-Spots de lecture
-Peinture métallisée sans supplément.

Pas trop mal non ?


Au chapitre des options on pouvait demander une séparation-chauffeur, des sièges électriques et chauffants, un toit ouvrant électrique voire même le téléphone (sans parler de « l’option blindage », plus ou moins léger en fonction de la menace).
Les plus excentriques pouvaient directement voir avec la maison-mère pour des équipements spécifiques ou une couleur spéciale sur échantillon, mais cela est resté très marginal.

Très vite de nombreuses célébrités du spectacle ou des affaires vont se faire remarquer au volant de leur 6.9, on peut citer chez nous :

-Alain Delon
-Mireille Mathieu
-Michel Fugain
-Jean Richard
-Roman Polanski
-Marcel Dassault

6.9 ex-Mireille Mathieu.


Le chanteur Claude François sera probablement sauvé ainsi que ses passagers par sa 6.9 dans la soirée du 25 au 26 juin 1977 lorsque quatre « Loubards » passablement éméchés n’apprécièrent pas d’être doublés en trombe par l’auto du chanteur. Ils le lui feront comprendre en le poursuivant et en tirant sur sa Mercedes avec des armes de poing de 9mm. On comptera 11 impacts sur la voiture après que la vedette soit parvenu à semer sans peine ses agresseurs en CX et à rejoindre son domicile de Dannemois (91).

Interrogé bien des années après, le dernier survivant de l’équipe reconnaîtra ne même pas avoir su qui était à l’intérieur de cette voiture ce soir-là, bref qu’il s’agissait d’un acte totalement gratuit et surtout parfaitement idiot.

Le Shah d’Iran, gros consommateur de belles autos, en possédera deux entièrement blindées.

Les Stars de la F1 rouleront aussi en 6.9, en particulier Niki Lauda ou encore James Hunt.

Aux USA où le V8 était « dégonflé » à environ 250cv (normes antipollution obligent) et l’auto complètement défigurée par les phares Sealed beam et des pare-chocs XXL elle comptera l’acteur Telly Savalas (Kojak), le chanteur Frank Sinatra ou le réalisateur Stanley Kubrick parmi ses inconditionnels, sans compter la publicité faite par la série Dallas où elle apparaît comme l’auto de l’infâme JR.


En 1976 germe dans l’esprit du réalisateur Claude Lelouch, lui aussi heureux propriétaire d’une 6.9, le projet d’un court-métrage dont le scénario est une traversée la plus rapide possible de Paris au petit matin sans se soucier le moins du monde du code de la route.

Préparation de la Mercedes en vue du tournage.
La suspension hydropneumatique sera un énorme avantage pour la fluidité des images.


« C’était un rendez-vous » sera tourné en une seule prise à l’aube du 7 août 1976 avec l’auto personnelle du réalisateur.

Seul le bruit du moteur, beaucoup trop discret, sera « doublé » au montage en utilisant celui d’une Ferrari, au demeurant très mal synchronisé.

La série W116 sera produite de septembre 1972 à juillet 1980 à 473 035 exemplaires, en majorité des versions 280S/SE à six cylindres.

La 450SEL 6.9 restera une rareté avec 7 380 autos produites entre mai 1975 et avril 1980.

On décompose ce chiffre de la façon suivante :

474 exemplaires en 1975
1 475 en 1976
1 798 en 1977
1 665 en 1978
1 839 en 1979
129 en 1980.

Durant toute sa période de production l’auto n’évoluera pratiquement pas, hormis la climatisation qui deviendra automatique en 1978 et quelques menus détails mécaniques.


On pense qu’une grosse centaine fut vendu en France, 227 trouveront preneurs en Australie et 1816 aux USA/Canada.

Durant toute sa carrière la 450SEL 6.9 sera l’auto de tous les superlatifs, il n’est pas étonnant qu’elle bénéficiera de tous les progrès en matière de sécurité et aura même le privilège d’être la première voiture de série à être disponible avec le système de freinage ABS Bosch (On laissera de côté la Jensen Interceptor FF et son ABS Dunlop Maxaretfabriquée à 318 exemplaires de 1966 à 1971 et réservée au marché Britannique).


Il sera optionnel dès octobre 1978 et proposé en série pour le millésime 1980.


De nos jours on ne trouve plus de belles 6.9 disponibles à la vente pour moins de 32 000€.

Tout en restant vigilant sur le chapitre de la corrosion (point faible de toutes les W116) et de la suspension hydraulique qui n’a jamais vraiment été à la hauteur de la réputation de la marque en terme de fiabilité et dont la remise en état est très coûteuse.

Une bonne nouvelle quand même : Toutes les pièces sont disponibles chez Mercedes, au pire elles vous seront refabriquées.

La Mercedes 450SEL 6.9 restera dans les annales comme une voiture de légende, à la fois performante et confortable.

Hormis sur route mouillée où la voiture pouvait s’avérer « limite » si on la brusquait son comportement dynamique sans recours aux béquilles électroniques de nos productions actuelles reste encore aujourd’hui un modèle du genre.

Jensen.


 

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