J’ai eu le plaisir d’assister ce weekend au rallye Monte-Carlo qui s’est achevé dimanche à Monaco. Je m’y suis rendu en simple spectateur, appareil photo au bras, sandwichs sur le dos, j’en suis revenu plein de belles images en tête (et sur la carte mémoire) et sourire aux lèvres. Le rallye s’achève avec une superbe victoire de Sébastien Ogier et Julien Ingrassia, à bord de la Ford Fiesta WRC 2017 M-Sport. L’un des rendez-vous le plus attendu de la saison du championnat du monde des rallyes l’était d’autant plus cette année que le grand chambardement de la nouvelle règlementation WRC 2017 y débutait. En outre, cette édition fut exceptionnelle à plus d’un titre : petit tour d’horizon de ce qu’il faut retenir du rallye Monte-Carlo 2017.

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WRC 2017 : la recette de grand-mère

30 ans après les légendaires Audi Quattro, 205 T16, et autres Lancia 037, la réglementation 2017 évoque un air de nostalgie. En 2017, les appendices aérodynamiques bodybuildés, faute d’être élégants, semblent générer un réel apport en appuis comme les fameux protos groupe B des 80’s, la sécurité en plus. En terme de style, nous garderons en tête qu’il s’agit d’une affaire de goût. Personnellement, j’ai l’impression de voir des Hot-Wheels en taille réelle, mais j’avoue qu’elles restent sacrément impressionnante à regarder. Peut-être, avec le temps, j’y prendrai goût. C’est également leur son qui donnent le sourire : plus puissant, plus rauque et de petits sifflements au rétrogradage nous mènent tout droit au début des années 2000 avec les 206 WRC, Impreza WRC, ou encore Cordoba WRC. Un régal !

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Elfyn Evan sur Ford Fiesta WRC 2017

Ce que l’on pourrait leur reprocher : être trop efficaces. Sur asphalte sec, elles sont rivées au sol. L’appui aérodynamique n’en est pas l’unique responsable. Les nouvelles WRC sont plus larges et surtout, dotées d’un différentiel central électronique comme avant 2011. Aussi, depuis une bonne décennie, les suspensions offrent une performance de tout premier ordre, surtout en configuration terre où leurs débattements sont disproportionnées. On pourrait également pointer la performance des pneumatiques, accrochant d’avantage le bitume qu’il y a 20 ans. Cela ne s’est pas réellement vu ce weekend puisque les montes pneumatiques étaient adaptées à la glace et la neige la plupart du temps. Ainsi, l’on a pu assister à de grandes et belles dérives tout au long de l’épreuve pour notre plus grand bonheur. Mais qu’importe puisque la performance est encore maître mot en WRC et c’est tant mieux. Les plus de 60 chevaux supplémentaires suffisent à rendre le spectacle attractif ! Quid des coûts d’utilisation des bêtes…

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Stéphane Lefebvre – Citroën C3 WRC

Une course mythique et populaire

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Ott Tanak – Ford Fiesta WRC 2017

Tous les ingrédients étaient réunis pour assister, comme tous les ans, à une belle course. Cette année, nouvelles voitures et conditions météo difficiles composaient notamment un cocktail attractif. Les spectateurs ne s’y sont pas trompés et se comptaient par dizaines de milliers sur les bords de spéciales. Des kilomètres de marche furent nécessaires pour se rendre sur les chronos, à moins de connaitre les lieux (pas comme moi…), des feux sauvages un peu partout réchauffaient l’atmosphère déjà bouillante dégagée par des supporters largement enthousiastes. Ainsi continue le mythe du rallye Monte-Carlo.

Retrouvez les coulisses du Monte-Carlo 2014 chez Volkswagen Motorsport.

La sécurité au centre des discussions

L’éternel débat sur la sécurité a été alimenté par le décès d’un spectateur dans la première spéciale lors de la sortie d’un pilote. Malheur dans l’histoire, les images étaient diffusées en direct et n’ont pas tardées à faire le tour des réseau sociaux. L’image déjà polémique de ce sport est ici mise à mal de plein fouet par un accident tragique, mais largement évitable. Des milliers de spectateurs paieront plus tard la folie (ou l’ignorance) d’un autre par de drastiques règles de sécurité, parfois absurdes. Le bon sens de chacun n’a plus lieu d’exister, place à l’infantilisation qu’il faut accepter. Manager générale pour la coordination de la sécurité à la FIA depuis 2010, Michèle Mouton s’est montrée intransigeante, menaçant l’annulation à plusieurs reprises et annulé l’avant dernière épreuve, la sécurité des spectateurs n’étant pas assurée.

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Bryan Bouffier à l’attaque dans le dixième chrono

La victoire du king au Monte-Carlo

Sebastien Ogier et Julien Ingrassia ont montré tout leur talent ce weekend, en s’imposant avec plus de deux minutes d’avance sur son ancien co-équipier et plus proche poursuivant Jari-Matti Latvala. Certes, ils profitent de l’abandon de Thierry Neuville et Nicolas Gilsoul (Hyundai i20 WRC 2017) pourtant bien accrochés en tête de course, mais sa suprématie était mise à mal avant même le début de la saison. Ne disposant (peut-être) plus de la meilleure voiture du plateau, le pilote Français devait composer avec une pauvre expérience du pilotage de sa Ford. La victoire était espérée mais loin d’être acquise en abordant les premières spéciales du rallye. Ainsi, ce n’est qu’au septième secteur chronométré qu’il signe le meilleur temps, jusqu’ici régulièrement devancé par un Thierry Neuville en grande forme. C’était sans compter sur la fiabilité du pilotage, la régularité, mais également la réussite du Gapençais. Il perdait une quarantaine de secondes dans une petite sortie qui aurait pu arrêter sa course prématurément. Mais ses choix de pneus et sa ténacité lui ont permis la victoire au même titre qu’une équipe M-Sport passionnée et revigorée par la venue de l’équipage quadruple champion du monde dans ses rangs.

Sébastiien Ogier & Julien Ingrassia déjà victorieux avec Ford

Sébastiien Ogier & Julien Ingrassia déjà victorieux avec Ford

La défaite de l’outsider

C’est peut-être de la réussite de son rival français dont Thierry Neuville manquait. Très performant tout le weekend, le Belge tapait un soupçon dans le dernier chrono du samedi, lui faisant perdre tout espoir de la victoire qui se profilait au lendemain. Maigre consolation, c’est la power stage qu’il remportera le dimanche, bien aidé par des conditions météo favorables. Barème modifié cette saison, ce sont 5 points en poche tout de même qui pourraient peser en fin de saison. Quoi qu’il en soit, le Monte-Carlo montre encore en 2017 qu’il doit se courir avec humilité, une marge sécurité dans le pilotage tant les conditions sont changeantes. Éternel attaquant, Thierry Neuville doit encore mesurer son pied droit. Cependant, il a montré, en performance pure, qu’il faut compter sur lui cette saison. La Hyundai i20 WRC 2017 semble lui convenir, il gagnera sans doute des épreuves, de là à jouer le titre en fin de saison…

Thierry Neuville à l'aise dans des conditions hivernales

Thierry Neuville à l’aise dans des conditions hivernales

Toyota et le Sissu Finlandais

Jari-Matti Latvala termine superbe second avec la Toyota Yaris dont on doutait de sa vitesse. Si le Monte-Carlo est une épreuve qui nivèle les performances, le Toyota Gazoo Racing peut se rassurer. L’auto semble plutôt bien née et fiable. J-M termine sans « latvalade », en espérant que 2017 soit à cette image, car la Yaris a besoin de rouler pour se développer.

Car Juho Hanninen s’est encore gardé de prouver qu’il peut réaliser un saison complète en championnat du monde. Très performant, l’éternel rookie a sans doute oublié ce que l’on rappelle tous les ans, et plus que jamais sur l’épreuve Monégasque : « to finish first, first you have to finish ».

La Toyota Yaris WRC dans le tempo

La Toyota Yaris WRC dans le tempo

On note…

Ott Tanak : La jolie perf’ du weekend. Il a su rivaliser avec Sebastien Ogier jusqu’à un problème mécanique en fin d’épreuve. Il arrache le podium avec la manière dans la power-stage en attaquant dans la dernière portion enneigée et réalise un dernier split d’anthologie. Malcom Wilson place ainsi M-Sport en tête du championnat constructeur au nez et a la barbe de Citroën, Hyundai et Toyota. M-Sport est de retour avec excellent un line-up de pilote !

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Dani Sordo : quatrième, il fait le job, comme d’habitude. Le second dont une équipe a besoin pour marquer régulièrement de gros points n’a jamais failli jusqu’à Monaco, malgré avouer être peu à son aise tout à long de la course.

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Craig Breen, en vieux briscard : Le jeune et fougueux Irlandais termine un Monte-Carlo difficile sans faire d’erreur à une belle cinquième position au volant de la « vieille » DS3. Il termine premier des Citroën devant Stéphane Lefebvre parti à la faute le premier jour, et Kris Meeke auteur d’un weekend semé d’embuches. Vivement la C3 WRC pour Craig Breen et Scott Martin !

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Andréas Mikkelsen : orphelin du WRC depuis le retrait de Volkswagen, il a dompté avec classe sa Skoda Fabia R5 adoptive, remportant le WRC2. Il confirme son rang de pilote de première ordre, en attendant espérons le, un retour sur une WRC.

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Raphaël Astier : le vainqueur de la coupe de France des rallyes à confirmé son excellent coup de volant en rang mondial. Il termine à une superbe 19e place au général avec une petite 208 R2. Il remporte le WRC3 avec un gouffre de 9 minutes sur son plus proche poursuivant mieux armé.

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Nul doute que si j’en ai encore l’opportunité, je me rendrais une nouvelle fois sur les routes de Provence un jour de Janvier. Spectacle populaire et gratuit, pour connaisseur ou pour curieux, il conviendra à tous, assurément.

Le championnat, lui, s’annonce croustillant. Même si le Monte-Carlo ne permet pas d’établir une hiérarchie claire, on a pu voir que les quatre constructeurs proposent des autos sensiblement homogènes en performance. Tanak, Neuville, Latvala, Meeke, Breen, Paddon, Sordo, tous peuvent jouer les troubles fêtes, alors qu’Ogier reste favori dans la course au titre.

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