PEUGEOT 205 GTI : Trois lettres pour un sacré numéro !


« Sans la 205, Peugeot et le groupe PSA auraient peut-être disparu«  Ceci est la phrase d’introduction d’un excellent ouvrage paru en 1987, relatant la grande aventure de la petite Lionne, et écrit par Gilles Guérithault, alors directeur de la rédaction de l’Auto-Journal.

Et personne à vrai dire ne contestera jamais un tel écrit, car lorsqu’en février 1983 la firme lance sa fameuse 205, c’est purement et simplement l’auto de la dernière chance pour le constructeur Sochalien.

En fait la marque est dans une situation très critique depuis déjà quelques années : Il y a eu bien entendu le premier choc pétrolier de 1973, mais aussi le rachat de Citroën avec la bénédiction du pouvoir en place en 1975 alors que le géant Fiat était en embuscade. Les finances de la vénérable marque ont eu d’autant plus à en souffrir que les comptes du constructeur du Quai de Javel étaient désastreux.

En 1978 c’est Chrysler en grosse difficulté qui décide de se retirer du marché Européen, la filiale Simca est à vendre et l’ombre d’un Japonais plane sur Poissy… Nouvel appel au « civisme » du Lion qui met de nouveau la main à la poche et acquiert… Une coquille vide ! En fait Chrysler n’a pratiquement jamais investi dans l’outil de production depuis son arrivée en 1958 et tout est à revoir, sans parler des gammes Simca et Peugeot qui se concurrencent sur plusieurs segments.

Le second choc pétrolier de 1979 achève de noircir le tableau… Entre une 104 trop stricte et déjà datée, l’échec coûteux de la 604 et tous les investissements nécessaires pour le lancement des 305 en novembre 1977 et des 505 au printemps 1979, les finances sont désormais à sec.

Le début des années 80 est bien sombre : Conflits sociaux chez Talbot (une « sacrée trouvaille » que ce nouveau nom d’ailleurs…), semi-échec de la gamme Visa chez Citroën et baisse des ventes chez Peugeot. Il faut réagir, et vite !

Le projet M24 est apparu en 1977, avec pour mission de succéder à la 104, et ce avec quelques idées nouvelles :

-Roue de secours sous le plancher et non plus sur le moteur afin d’affiner l’avant de la voiture
-Largeur supérieure de la carrosserie, la 104 ayant toujours été considérée comme « étriquée »
-Possibilité de construire des versions Diesel
-Une version de base à prix très bas est souhaitable, de même qu’un dérivé sportif.

Le projet prend forme alors que le groupe PSA est en pleine tourmente, l’auto qui en découlera va arriver sur un segment très concurrentiel et une erreur se paiera Cash.

Etude de style, mars 1979.


Fort heureusement cette nouvelle 205 est née sous une bonne étoile, non seulement c’est une réussite technique mais c’est aussi une réussite esthétique, et les concessionnaires en pleine déprime invités à la présentation de la voiture fin 1982 ne seront pas trahis : Ils repartent tous chez eux remontés comme des pendules !


Une campagne de publicité très réussie (« 205 : Un sacré numéro ! » ) complétera le tableau, et fera littéralement un carton dans toutes les couches de la société, bref l’horizon s’éclaircit pour la marque et ce d’autant que son projet de s’engager en championnat du monde des rallyes avec une 205 bodybuildée, la Turbo 16, est fort bien accueillie par le grand public et la presse spécialisée.

La Turbo 16, impératrice des Groupe B en championnat du monde. Peugeot lui doit beaucoup concernant le « dépoussiérage » de l’image d’une marque jusqu’alors considérée comme trop rigide voire ringarde.


Le succès de la gamme 205 se confirmant l’hiver 1983-84 est celui de l’ultime mise au point de la bombinette de la gamme, à savoir la GTI.

Il faut dire qu’elle tombe à pic, la Golf éponyme présentée en septembre 1975 commence à se faire vieille et le moment est vraiment bien choisi pour y présenter une concurrente. C’est chose faite en mars 1984.


Ce nouvel opus, équipé du 1580cm3 XU 5J et d’une injection Bosch LE 2 Jetronic développe 105cv à 6250Trs, et permet à cette trois portes (il n’y aura jamais de déclinaison à cinq portes) de franchir le cap des 190 km/h, et de passer sous la barre des 10 secondes pour le 0 à 100 (9,5 secondes très exactement).


Toute pimpante dans sa jolie robe soulignée de liserés rouge on note que l’intérieur est une révolution en comparaison de celui de son Altesse la Golf : Adieu gris tristounet « Nuages bas sur la Ruhr » pour dire Bonjour au rouge pétant « Soleil couchant passion Latine » à tous les étages : Ceintures de sécurité, tapis de sol… Une vraie symphonie anti-déprime cet habitacle !


Je ne vous cacherais pas avoir été d’ailleurs très surpris à cette époque de voir un tel intérieur dans une Peugeot et je ne fut pas le seul d’ailleurs, sur une Fiat ou une Alfa-Roméo d’accord mais dans une Franc-Comtoise ça choquait…

Pourtant il va falloir s’y faire, car l’engagement de Peugeot en Rallyes et une Golf II GTI franchement ratée vont ouvrir un véritable boulevard à la nouvelle venue.

Une époque encore insouciante et fataliste face à « l’insécurité routière » fera le reste : La 205 GTI va devenir un mythe, c’est LA voiture qu’il faut alors posséder pour être à la page, et toutes les couches sociales de l’époque vont y succomber. Bref la voiture va tourner au phénomène de société et il nous faut remonter à la DS pour retrouver un tel engouement pour une automobile Française.

La publicité surfera aussi sur le côté « James Bondesque » de tout possesseur d’une GTI, une image toujours gratifiante.


Face au succès de la GTI, devenue en quelques mois à la fois l’icône et la locomotive de la gamme 205, on décide compte-tenu de la demande des clients de fournir dès les premières semaines de 1985 un kit PTS (Peugeot Talbot Sport) homologué-route avec une culasse entièrement modifiée développant 125cv. Assez élevé, le prix de cette modification n’en fera pas un triomphe commercial…

Il faut attendre un an de plus pour voir apparaître la fameuse 205 GTI « 115cv » venue épauler la version de base et ses 105cv. Elle est équipé du moteur XU 5JA de même cylindrée mais doté de soupapes plus grosses, la vitesse de pointe frise alors les 200 km/h et envoie définitivement au piquet une Golf GTI devenue anémique avec son surpoids et ses rapports de boite trop longs.

Malgré un encrassement rapide du moteur lors des parcours urbains (le bloc accepte bien plus facilement de chanter à 6000 tours que de « piétiner » à 1300 dans des embouteillages où il glorifie son propriétaire d’un ralenti instable et d’à-coups très nombreux à l’accélération) la voiture va aussi, et c’est nouveau pour une petite sportive, devenir la coqueluche des femmes que l’on verra très souvent derrière son volant.

Durant un an les versions 105 et 115cv vont coexister avant que Peugeot ne mette un terme à l’existence de la première citée dont les chiffres de ventes ont fondu comme neige au soleil.

Et d’ailleurs puisque nous en sommes à parler de l’Astre du jour on n’oubliera pas la présentation en mars 1986 de la CTI, version cabriolet avec arceau fabriquée dans les ateliers de Pininfarina (du moins en ce qui concerne la caisse et la capote, la voiture étant ensuite transférée à Mulhouse pour y recevoir ses organes mécaniques).


Cette « GTI décapsulée » ne recevra que le 115cv (du moins jusqu’en 1993) ainsi que plus de 60kg de renforts structuraux divers afin de conserver un comportement routier le plus voisin possible de celui de la version dite « normale » mais, ayant eu à conduire les deux, le cabriolet restera toujours un ton en-dessous en terme de maniabilité, ce dernier manquant vraiment de rigidité sur mauvaises routes ou si l’on se décidait « à envoyer le bois ».


D’ailleurs à ce chapitre la vivacité des trains roulants des 205 pouvait procurer quelques sueurs froides à leurs propriétaires, surtout lors de freinages en appui où la voiture se montrait vicieuse, voire même carrément violente dans ses réactions (personnellement j’ai toujours gardé un peu de méfiance à son égard, surtout si l’on songe au faible empattement de l’auto).

Pourtant le mieux n’est jamais parfait, et il y aura toujours un casse-pieds pour demander « encore plus », que ce soit en concession ou dans la presse spécialisée. Peugeot monte alors le curseur en décembre 1986 et présente sa GTI « 1.9 litre », histoire d’agrémenter le sapin d’une poignée de veinards.


Le moteur passe à 1905cm3 pour 130cv, les trains roulants sont entièrement revus, les cardans renforcés, les jantes sont dorénavant des 15″ au dessin différent et l’arrière adopte (enfin !) des freins à disque ventilés au lieu des tambours des versions précédentes.

Cette fois-ci les 205 km/h sont facilement atteints (normal pour une 205…) et le 0 à 100 ne demande que 8,4 secondes, la 205 GTI est arrivée enfin à maturité.


Mais la 1.9 litre est aussi quelque part le chant du Cygne de l’auto car très vite les ventes vont accuser un net fléchissement et, malgré un restyling en 1988, la 205 GTI va perdre ses adeptes au fur et à mesure des années.

Il faut songer que sur les 333 942 exemplaires de GTI sorties des chaînes de montage entre 1984 et 1994 plus de 150 000 l’ont été uniquement sur les millésimes 1985, 86 et 87 !

L’intérieur, à la fois sportif et attrayant, ne sera jamais un modèle de qualité : Finition désinvolte, sellerie fragile et « rossignols » à tous les étages au fil des kilomètres, l’esprit Golf est très loin…


Clairement à l’orée des années 90 l’ambiance n’y est plus, la faute en partie à des tarifs d’assurance qui se sont littéralement envolés suite à de trop nombreux sinistres qui ont empêché à une foule de clients potentiels de sauter le pas, moi le premier…

Le genre d’image qui remplissait souvent la rubrique des faits divers de nombreux journaux à la fin des années 80. Il faut dire que beaucoup y allaient « un peu fort » et les assureurs n’ont pas, mais alors pas du tout, appréciés.


En 1992 Peugeot tente de remotiver les troupes avec une série spéciale « Griffe » produite à 3000 exemplaires (1000 réservés pour la France), avec une teinte vert fluorite, des jantes gris foncé et un équipement très complet. La petite histoire veut qu’il s’agissait d’un « copié-collé » d’une 205 GTI fabriquée spécialement à la fin des années 80 pour Jean Todt, alors responsable du PTS.

En 1993 la généralisation des échappements catalytiques sera castratrice pour le 1.9 litre qui passe de 130 à 122cv, la 1.6 litre 115cv n’en bénéficiera pas puisque sa production est stoppée au même moment. Quand au cabriolet CTI il recevra lui aussi le 1905cm3 mais dégonflé à 105cv.

Fin de l’histoire l’année suivante ou la gamme 205 GTI/CTI disparaît dans une indifférence totale…


Durant une dizaine d’année les exemplaires survivants vont alors connaître les affres du « Tuning sauvage au goût étrange venu d’ailleurs », et pâtir d’une image de voitures de Jacky qui vont leur coller aux basques avant que ma génération ne se souvienne du bon vieux temps, et ne se mette en quête d’un exemplaire encore préservé au fond d’un parking contre l’échange d’une poignée d’Euros.

Cela ne durera pas et la vogue des Youngtimers fera vite grimper les tarifs en flèche. Désormais une 205 GTI se restaure, se collectionne et se bichonne, Oui Môssieur !

A l’époque je n’y aurais pas songé une seconde…

Jensen.

Crédit photo d’introduction Jean-Jacques Marchand Photographie.


 

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