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F1 GP d’Autriche : Pourquoi Ferrari sombre (Leclerc vs Hamilton)

Le récent Grand Prix d’Autriche a laissé un goût amer, non pas seulement en raison du résultat brut en piste, mais surtout à cause des réactions et des jugements hâtifs qu’il a suscités au sein de la communauté. Face à l’émotivité ambiante, il est temps de remettre les pendules à l’heure, d’analyser froidement la situation technique de Ferrari et de questionner notre propre attitude envers ses pilotes.

Par Michel Otto

Des trajectoires croisées sous la nouvelle réglementation

Pour bien comprendre la dynamique actuelle, un retour en arrière s’impose. L’an passé, Charles Leclerc s’en est particulièrement bien sorti, affichant de bien meilleures performances que Lewis Hamilton. Ce dernier a éprouvé de réelles difficultés à apprivoiser l’ère des monoplaces à effet de sol (wing-cars), qui ne correspondaient pas à son style de pilotage et exigeaient moins de finesse et de précision chirurgicale que par le passé.

Credit Photo : Ferrari

Cette saison, la donne a changé. À la faveur d’une nouvelle réglementation et de voitures plus réactives, moins « ventousées » au sol, Lewis a retrouvé ses sensations et dispose désormais d’une machine qui convient mieux à ses forces.

À l’inverse, Charles se retrouve aujourd’hui confronté à une voiture instable et cruellement en manque de constance. En cause : une partie électrique aux réactions imprévisibles d’un tour à l’autre. Prisonnier d’une monoplace dont il ne peut anticiper le comportement, le Monégasque ne parvient plus à caler ses attaques avec la précision qui le caractérise. Si ce manque de repères affecte également Lewis, ce dernier semble, de toute évidence, s’en accommoder avec plus de flexibilité.

Credit Photo : Ferrari

Pour autant, il serait injuste de blâmer les hommes : Ferrari dispose actuellement du duo de pilotes le plus qualifié et le plus complémentaire pour tirer la quintessence de son matériel. Le véritable problème est ailleurs.

Le cercle vicieux technique : Le déficit électrique de la SF

Soyons lucides : cette monoplace, à l’image de sa devancière, n’est fondamentalement pas compétitive. Ce n’est pas une victoire hautement circonstancielle (décrochée sous régime de voiture de sécurité) sur l’un des tracés les plus favorables à la Scuderia qui y changera quoi que ce soit.

Credit Photo : Ferrari

L’auto souffre d’un déficit majeur dans l’exploitation et la régénération de son énergie électrique. En raison de sa grande agilité et de sa vitesse de passage élevée dans les courbes lentes et moyennes, qui imposent un freinage bref et puissant avant le virage, mais n’offrent aucune phase de récupération d’énergie pendant, elle peine à recharger ses batteries. Elle a donc besoin de phases de recharge fréquentes et de portions d’accélération courtes pour bien se comporter, à l’image du circuit de Barcelone.

Le tracé autrichien, en revanche, expose cruellement cette faiblesse :

  • N’offrant que deux gros freinages, le circuit ne permet pas à la voiture d’engranger assez d’énergie pour la restituer tout au long de la pleine charge qui suit.
  • Le boost électrique se coupe ainsi prématurément, avant même la fin de la phase d’accélération.
  • L’auto entre alors dans un cercle vicieux, contrainte de recharger ses batteries sur des portions de circuit où elle devrait normalement faire parler son agilité.
Credit Photo : Ferrari

Deux poids, deux mesures : Le traitement médiatique des pilotes

C’est précisément sur le plan humain que l’attitude générale devient contestable. La saison dernière, tout le monde a fait preuve d’une évidente mansuétude envers Lewis Hamilton pour lui laisser le temps de s’adapter à l’équipe et à sa monture. Personne ne l’a accablé lorsque Leclerc signait de meilleures performances. Cette approche était saine, honnête et totalement justifiée.

Credit Photo : Ferrari

Pourtant, aujourd’hui, alors que c’est au tour de Charles de traverser une zone de turbulences face au caractère rétif de sa voiture, cette indulgence a complètement disparu. Certes, Lewis n’y est pour rien : il donne le maximum, performe mieux que l’an passé et se montre d’un fair-play irréprochable envers son équipier. Mais le public, de manière générale, n’hésite pas à accabler le Monégasque. Sur notre blog, mon ami Actarus résumait d’ailleurs une pensée tristement partagée:

« Heureusement que Lewis est là, il est d’une autre trempe que Charles. »

Une telle sentence, formulée dans le sens inverse, n’a pourtant jamais été lue l’année passée. Le talent de Lewis est immense, indiscutable, et son palmarès parle pour lui. Charles a encore une grande partie de son histoire à écrire, mais le respect unanime que lui vouent tous ses équipiers ne trompe pas.

Credit Photo : Ferrari

Un naufrage collectif à relativiser

Ce qu’il faut retenir de ce week-end en Autriche, c’est que la Scuderia a sombré collectivement. Les deux pilotes ont tenté, chacun à leur manière, de compenser les carences de leur monture, mais le verdict du chronomètre est sans appel : le bilan est mauvais pour Charles comme pour Lewis.

Le chaos stratégique dominical illustre parfaitement ce désarroi :

  • Lewis Hamilton a dû effectuer trois arrêts, une option qu’il avait lui-même anticipée en prévenant son ingénieur que la voiture ne tiendrait jamais la distance sur deux arrêts.
  • Charles Leclerc a également été contraint de basculer sur trois arrêts, alors que son plan de course initial consistait à économiser ses pneumatiques pour n’en effectuer que deux.
Credit Photo : Ferrari

Rien n’a fonctionné, et la seule conclusion logique est que les pilotes se sont retrouvés totalement bridés par une monoplace aussi carencée. Chercher à évaluer ou à blâmer les pilotes dans de telles conditions n’a aucun sens. Pour s’exprimer pleinement et cesser de simplement courir après quelques points de consolation, ils ont d’abord et avant tout besoin d’une bonne voiture.

Credit Photo : Ferrari

Conclusion

J’avais clairement anticipé ce scénario entre les deux derniers Grands Prix, en essayant de partager cette alerte de toutes mes forces, mais en vain. Lewis Hamilton suscite un enthousiasme si débordant qu’il en devient parfois irrationnel, masquant les réalités techniques factuelles. C’est une donnée indéniable du sport à ce niveau, et de ce côté-là, Charles a encore tout à apprendre.